Sauver Le Darfour dans le monde

Le Soudan craint le retour de la guerre

Le Figaro, 25 Décembre 2009

En 2009, les combats claniques ont fait 2000 morts.

La dernière crispation au sein du gouvernement d'union nationale soudanais remonte à mercredi. Les députés de l'ex-rébellion sudiste, le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), menaçaient alors de claquer la porte du Parlement. Une négociation de dernière minute avec le Parti national du congrès (NCP), au pouvoir à Khartoum, a permis, cette fois, de sauver la situation. On trouvait, au cœur du bras de fer, une loi cruciale qui ouvre la porte à l'organisation d'un référendum d'autodétermination dans le sud du Soudan en 2011. Elle devrait être soumise au vote lundi.

Ce référendum est l'un des points clefs de l'accord de paix global (CPA), signé en 2005. Le texte, négocié sous l'égide de la communauté internationale, a mis fin à un quart de siècle de guerre civile entre un Nord majoritairement arabe et musulman et un Sud africain à dominante animiste ou chrétienne. Les combats ont fait deux millions de morts, pour la plupart civils. Outre ce vote, le CPA prévoit, pendant une période de six ans, un gouvernement d'union nationale, un tracé précis de la frontière nord-sud, des élections générales et un partage des richesses pétrolières.

Mais cinq ans plus tard, la paix est loin d'être gagnée. Les récentes tensions au Parlement n'en sont que le signe le plus évident. « Le problème est que le gouvernement nordiste fait tout pour enrayer le fonctionnement de l'accord », affirme même Monien Aljack, un militant des droits de l'homme soudanais. La liste des ratés du CPA est longue. Le gouvernement d'union est demeuré purement formel. La frontière reste à définir, notamment autour des monts Nuba et des régions d'Abyei ou de Blue Nile, des zones contestées car riches en pétrole, en eau et en pâturages.

Les sudistes, déjà largement autonomes, semblent avoir entériné cet échec et se préparer à l'indépendance en 2011. Au printemps dernier, Salva Kiir, le président sud-soudanais, s'est même prononcé en faveur de la partition. La stratégie adoptée par Khartoum reste officiellement moins claire. Mais l'hostilité du NCP à un départ du Sud, où se trouvent les plus importantes réserves d'or noir du pays, n'est pas un secret. «Le gouvernement nord-soudanais n'accordera jamais sa liberté au Sud à moins d'y être forcé», assure un analyste travaillant pour les ONG. Selon lui «une guerre à grande échelle est presque inévitable».

«Miner le processus de paix»

À un peu plus d'un an du referendum, les parrains du CPA se mobilisent pour sauver ce qui peut l'être. Mercredi, Washington a directement accusé Khartoum de «miner le processus de paix». En coulisses, les États-Unis tentent de rallier Pékin à leur cause. Mais la Chine, qui achète 60 % du pétrole soudanais, semble pour l'instant peu désireuse de faire pression sur son allié.

À Juba, les observateurs militaires constatent inquiets le lent retour vers l'anarchie du sud du Soudan. Dans la zone frontière, les armes prolifèrent à nouveau, entraînant de sanglantes rixes ethniques. «En 2009, les combats claniques ont fait 2 000 morts», rappelle David Gressly, le représentant des Nations unies pour le Sud-Soudan.