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Au Soudan, le vote d'une loi ouvre la voie à un référendum sur la sécession du Sud

Le Monde , 30 Novembre 2009

La paix est loin d'être gagnée entre le Nord et le Sud du Soudan, mais la loi votée mardi 29 décembre à Khartoum par le Parlement pourrait désamorcer un conflit qui menaçait de dégénérer dans ce pays déjà secoué, à l'ouest, par la guerre civile du Darfour.

Décisif et controversé, le texte adopté établit les règles d'organisation du référendum qui, en janvier 2011, doit décider d'une éventuelle sécession du Sud, riche en pétrole, et donc d'une partition du plus vaste des Etats africains. Le principe de cette consultation populaire est inclus dans "l'accord de paix global" signé en 2005 par les représentants du gouvernement central de Khartoum (Nord) et ceux du Sud, au terme de vingt-deux années de guerre civile. Ce conflit, dont l'enjeu était le partage des recettes du pétrole, avait causé la mort de 1,5 million de personnes.

La loi votée mardi intègre une disposition exigée par les députés du Sud, mais qui, en première lecture, le 22 décembre, avait été supprimée par les représentants, majoritaires, du Parti du Congrès national (NCP, nordistes), la formation du président Omar Al-Bachir.

Cet article dispose que les Sud-Soudanais nés avant l'indépendance du pays, le 1er janvier 1956, devront voter dans le Sud même s'ils résident au Nord. Cette règle était exigée par les "sudistes" du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), qui craignent une manipulation du vote des populations du Sud établies au Nord - 520 000 personnes, selon des chiffres officiels contestés. En revanche, les Sud-Soudanais vivant au Nord ou à l'étranger, mais nés après le 1er janvier 1956, pourront voter sur leur lieu de résidence. Le 22 décembre, la loi amputée de cette disposition, pourtant négociée au préalable, avait été votée en l'absence des députés du Sud, qui avaient quitté la séance en signe de protestation.

Des pressions de Washington et des Nations unies pourraient avoir abouti à cette seconde lecture. Au lendemain du premier vote, le porte-parole du département d'Etat américain avait fait part de sa "vive inquiétude", et "invité instamment" Khartoum à faire adopter le texte originel. Depuis plusieurs semaines, les tensions liées au futur référendum, ainsi qu'aux élections législatives prévues en avril, nourrissaient des manifestations - interdites - de "sudistes" dans les rues de Khartoum.

"L'amendement (le rétablissement de l'article supprimé) n'a été introduit que pour donner aux frères sud-soudanais plus d'élan pour qu'ils votent pour l'unité du Soudan lors du référendum", a tempéré mardi Ibrahim Ghandour, député et responsable du NCP.

En réalité, la perspective du référendum attise déjà les tensions entre les belligérants d'hier, qui, depuis la paix de 2005, ont constitué un gouvernement d'union nationale. Ces derniers temps, les dirigeants du Sud ont multiplié les appels à la sécession. Salva Kiir, leader du SPLM et vice-président du Soudan, a ainsi affirmé aux habitants du Sud qu'ils deviendraient des citoyens de seconde zone dans leur propre pays s'ils votaient contre l'indépendance.

Issue de longues négociations, la loi votée mardi prévoit que l'indépendance du Sud ne sera reconnue qu'à la double condition que le vote "oui" atteigne 51 % et que le taux de participation s'élève à 60 %. Un autre référendum doit porter sur le statut de la région pétrolifère d'Abyei, située à la lisière du Nord et du Sud. Mais ses règles d'organisation n'avaient pas été adoptées, mercredi 30 décembre au matin.

Dans le Sud, l'idée d'indépendance confortée par le contrôle des royalties du pétrole produit localement, séduit. Aux termes de l'accord de paix, ces fonds sont censés être déjà répartis à parts égales entre Juba - la capitale du Sud-Soudan - et Khartoum. Mais M. Kiir estime que le Sud-Soudan n'en perçoit en réalité que 25 %.

A ce différend financier et au conflit entre un Nord musulman où s'applique la charia, et un Sud à prédominance chrétienne et animiste, s'ajoutent les rivalités tribales qui secouent le Sud lui-même. Depuis le début de 2009, 2 000 personnes sont mortes dans de tels combats, qui ont récemment pris "un aspect nouveau et dangereusement politisé", a relevé le 23 décembre l'organisation International Crisis Group (ICG), spécialisée dans l'analyse des conflits. "Le gouvernement du Sud-Soudan (...) doit prouver qu'il peut assurer la sécurité, pour que la violence ne devienne pas un obstacle sur la route vers l'autodétermination et au-delà", a averti ICG.

Le climat est encore alourdi par le mandat d'arrêt délivré en mars par la Cour pénale internationale contre le président Al-Bachir pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" perpétrés au Darfour. Dans un tel contexte, la nécessité pour le régime de pouvoir se prévaloir du soutien de la population lors des élections de 2010 et du référendum de 2011, apparaît vitale.