Sauver Le Darfour dans le monde

Paris entend bannir le président soudanais, accusé de crimes contre l'humanité au Darfour.

Le Figaro, 15 Novembre 2009


Ce n'est en apparence qu'un simple changement de calendrier. L'Élysée a annoncé que le prochain sommet France-Afrique, prévu pour se tenir cet hiver en Égypte, serait finalement organisé en France au mois de mai.

Dans les faits, ce brusque déplacement est apparu comme la seule solution crédible pour sortir du casse-tête que représentait la probable présence d'Omar el-Béchir à la traditionnelle rencontre franco-africaine. Car, depuis 2006 et le choix du site de Charm el-Cheikh pour accueillir la réunion, le président soudanais est devenu très sulfureux. En mars dernier, l'émission d'un mandat d'arrêt à son encontre par la Cour pénale internationale (CPI), pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, a fait de lui un paria. Les magistrats lui imputent la responsabilité de la guerre au Darfour, qui a fait 300 000 morts et 2,7 millions de dé­placés.

Le Caire n'adhère pas à la CPI

Une rencontre entre Nicolas Sarkozy et son homologue soudanais était donc devenue «inenvisageable», comme le souligne un diplomate français. L'embarras de Paris était d'autant plus grand que l'hôte égyptien n'entendait pas barrer la route à son voisin, un allié régional. Le Caire, comme ­Khartoum, n'a pas adhéré à la CPI. Les autorités égyptiennes ne sont donc pas tenues d'interpeller et de livrer les personnes poursuivies par ce tribunal. En novembre dernier, lors de la réunion Chine-Afrique, qui se tenait également à l'ombre des pyramides, Omar el-Béchir avait d'ailleurs été reçu avec tous les honneurs. Le cas Béchir avait même fini par envenimer les relations franco-égyptiennes.

Les diplomates ont, un temps, envisagé comme échappatoire d'obtenir qu'Omar el-Béchir renonce de lui-même à se rendre à Charm el-Cheikh. Mais, en novembre, une délégation soudanaise de passage en France a, sans surprise, définitivement refusé de prendre un tel engagement. Khartoum ne pardonne pas à Paris son rôle prédominant en 2005 pour obtenir la saisine de la CPI dans le conflit du Darfour. Aux yeux des Soudanais, surseoir au sommet aurait aussi sonné comme un aveu de culpabilité et de faiblesse. Or, Béchir, de plus en plus agacé par les poursuites engagées, taxées de manœuvres anti-islamiques, exige leur abandon pur et simple.

Favori pour les prochaines élections

Dans son bras de fer avec la justice internationale, le gouvernement soudanais a enregistré de petites victoires. Il a obtenu la neutralité de presque tous les pays de l'Union africaine et de la Ligue arabe, y compris de ceux qui soutiennent officiellement la CPI. En avril prochain, les élections générales qui doivent se tenir au Soudan offrent à Béchir une nouvelle occasion de mettre la communauté internationale en porte-à-faux. Ce scrutin, où Omar el-Béchir se présente en favori, est en partie organisé avec l'aide de l'ONU. «On risque de se retrouver dans la situation paradoxale de renforcer la crédibilité politique d'un homme accusé de crimes contre l'humanité», déplore un haut fonctionnaire des Nations unies en poste au Soudan.

Dans ce contexte, pour sortir de l'impasse diplomatique, Paris n'avait plus d'autre choix que de trancher dans le vif et de rapatrier le sommet en France. Béchir n'y sera pas invité : à Paris, il courrait le risque d'être immédiatement arrêté.