Sauver Le Darfour dans le monde

La guerre du climat aura bien lieu

Les Guerres Du Climat, Pourquoi On Tue Au Xxie Siã¨cle, 29 Octobre 2008

Le Darfour est le théâtre de la première des guerres climatiques. «Ce type de conflits, généralement interprété comme ethnique, puise ses origines dans des causes environnementales. Le manque d’accès aux ressources en est le déclencheur puis le conflit se développe selon des lignes ethniques», explique Harald Welzer soulignant comment, dans cette région de l’ouest du Soudan, la désertification croissante vers le sud a conduit à une compétition pour les terres entre éleveurs de bétails et fermiers sédentaires. Dans d’autres cas le lien de causalité peut être moins direct. Mais l’engrenage reste le même.

«De plus en plus d’hommes disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie», écrit ce professeur de psychologie sociale à Essen relevant que «dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux fuyant leur environnement».

L’originalité de la démarche d’Harald Welzer est de se concentrer sur les conséquences sociales d’un réchauffement climatique dont la réalité fait aujourd’hui une quasi-unanimité parmi les scientifiques. Le débat sur ses causes ne l’intéresse pas. «Quant aux violences qu’elle entraînera, peu importe que l’évolution du climat soit anthropogène ou qu’elle corresponde à une variation naturelle comme l’histoire de la planète en a souvent déjà présenté des exemples», écrit-il.

Les effets du réchauffement seront d’autant plus dévastateurs qu’ils frappent en premier lieu les pays les plus pauvres et les moins à même d’y faire face. D’où la très probable multiplication de guerres et de violences - donc de réfugiés - mais aussi un ensauvagement des pays les plus riches «où la poussée migratoire est perçue comme une menace».

Cet inclassable psycho-sociologue allemand avait publié, il y a trois ans, les Exécuteurs, étude approfondie à partir des archives judiciaires sur les tueurs de la «Shoah par balle». Il y montre comment de simples policiers ou soldats du rang, des hommes ordinaires qui n’étaient pas des SS, deviennent des tueurs de masse. Sans enthousiasme, et avec souvent un grand malaise, ils ont appliqué les consignes. «C’est précisément cette souffrance qui leur a permis de ne jamais se sentir des meurtriers ni dans l’après-guerre», estime Welzer qui reprend l’argument dans ce nouveau livre rappelant que le pourcentage de maladie psychique parmi ces anciens fut, dans l’après-guerre, inférieur à la moyenne de la population allemande. «L’homme existe dans un univers social, et c’est pour cela qu’on devrait effectivement penser que tout est possible», insiste l’historien pour qui cet exemple de l’Allemagne nazie montre qu’«en très peu de temps, les gens ordinaires ont changé d’idée sur la manière dont les autres doivent être traités et que ce qui a été possible contre les Juifs en 41 ne l’aurait pas été en 33».

Malgré ses accents de prophète de l’apocalypse, Harald Welzer n’annonce pas un nouvel holocauste sur fond de crise climatique. Mais la barbarisation, ce glissement du cadre normatif et moral («shifting base lines») est une hypothèse de plus en plus réelle. Alors même que la lutte contre le réchauffement climatique reste très difficile dans des démocraties où les populations ne se sentent pas investies du pouvoir de faire bouger les choses. Surtout quand il s’agit de faire des sacrifices à cause des abus commis par les générations antérieures et pour le seul profit des générations suivantes.