Sauver Le Darfour dans le monde

Des poupées de grands créateurs pour financer les vaccinations au Darfour

Ips, 12 Octobre 2009

Des poupées de grands créateurs pour financer les vaccinations au Darfour

'Créateur de poupées à base de guenilles', le concept ne pouvait pas paraître plus frivole. Mais les poupées fabriquées par de meilleurs modélistes tels que Armani et Prada sont en train d’aider à financer un programme de vaccination au Darfour déchiré par la guerre.

Commencé tout petitement, il y a six ans, le projet les "Frimousses de créateurs" a évolué pour comprendre une centaine de créateurs ainsi que des artistes de renom comme Damien Hirst et Jeff Koons, qui sont connus pour leurs œuvres d'art provocatrices et controversées.

Des artistes ont également rejoint les acteurs, avec la chanteuse française France Gall et l’actrice qui ne mâche pas ses mots, Isabelle Adjani, fabriquant des poupées à partir de tissus et les décorant à leur propre manière.

L'année dernière, ce projet de poupées, coordonné par le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), a financé la vaccination contre la polio pour plus de 160.000 enfants et des vaccinations contre la tuberculose pour 183.000 nouveau-nés au Darfour, une région du Soudan en proie au conflit.

L'organisation estime que plus de deux millions d'enfants de moins de 18 ans ont été touchés par la crise humanitaire au Darfour, une conséquence du conflit en cours qui a commencé en 2003. Entre autres atrocités, des milliers de civils ont été tués et des femmes violées pendant la guerre.

"En tant qu'artiste, en tant que créatrice, j'ai un rôle à jouer, une position à adopter", a déclaré à IPS, la créatrice française Sonia Rykiel, dans un entretien par courrier électronique. "Un artiste a besoin d'être proche de ce qui se passe autour de lui: en politique, en sociologie, en écologie. J'essaie de m'impliquer autant que je peux dans le monde où je vis. Je ne peux pas juste créer et tourner mon dos aux questions mondiales".

Les poupées sont exposées au public au Musée des Beaux-Arts du Petit Palais à Paris du 10 au 15 novembre. Elles seront ensuite vendues par Drouot Montaigne, une maison de vente aux enchères, le 19 novembre, une journée avant le 20ème anniversaire de la signature de la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant.

La poupée la plus chère vendue aux enchères jusque-là a été conçue par Chanel et a coûté 23.000 euros, a confié l'UNICEF à IPS. Cette somme a contribué au total des 227.000 euros réunis en 2008 - soit une augmentation de près de six fois depuis 2003.

"A partir d’un début très modeste, nous avons maintenant convaincu les grands créateurs d’y prendre part", indique Magali Riedel, chef du projet et un volontaire de longue date à l'UNICEF. "Nous avons poussé et travaillé dur pour que cela arrive parce que les vies de dizaines de milliers d'enfants sont en jeu".

Malgré la crise économique, le montant gagné pourrait être même plus important cette année à cause du nombre élevé de participants et des entreprises sponsors - qui couvrent les frais de fonctionnement du projet. L'UNICEF affirme qu’il compte vacciner au moins 260.000 enfants en 2010 ainsi que 195.000 femmes enceintes qui recevront des vaccins anti-tétanos.

Au début de cette année, le gouvernement soudanais a expulsé plusieurs groupes humanitaires après que la Cour pénale internationale (CPI) a retenu des charges de crimes de guerre contre le président soudanais Omar al-Bashir.

La section française de Médecins sans frontières (MSF) a été l'un des groupes expulsés en mars, et un porte-parole a déclaré que les vaccinations faisaient partie de leur travail puisque c'était "important dans tous les contextes".

Dr Anne Loarec, qui a travaillé en tant que coordonnatrice de terrain de MSF au Darfour, a dit à IPS que le groupe s'est focalisé sur la fourniture de vaccins anti-tétaniques pour les femmes en âge de procréer, ainsi que la vaccination des enfants de moins de cinq ans contre la poliomyélite, la tuberculose, la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

"Nous savons que certaines maladies qui pourraient être prévenues par des vaccins ont un taux de mortalité très élevé", a souligné Loarec. "Avec le tétanos, par exemple, 70 pour cent des cas sont en train de mourir; alors, vous pouvez voir l'importance de fournir l'accès à la vaccination et à d’autres services médicaux".

Certains créateurs, qui participent aux 'Frimousses de créateurs', voient le projet comme un moyen de montrer que la mode est pertinente et peut même provoquer un changement social.

La créatrice africaine, basée en France, Mariétou Mariette Dicko, a déclaré qu'elle soutenait l'UNICEF parce qu’elle avait travaillé pour l'organisation au Mali et avait compris ce qu’il fallait pour les projets en Afrique.

"Je sais qu'ils doivent collecter des fonds ici et donner à d'autres régions qui en ont besoin – en Afrique, en Asie et en Amérique latine", a-t-elle confié à IPS. "C'est pourquoi je suis contente d'être impliquée". Depuis 2004, les magazines de mode se sont focalisés sur ses poupées à cause du tissu coloré et du style africain "de référence".

Toutefois, le projet de "Frimousses" ne s'arrête pas aux créateurs. Pour aider à financer les vaccinations dans d'autres pays en plus du Soudan, des milliers d'écoliers en France participent à une initiative similaire, mais distincte. Ils fabriquent des poupées en guenilles qui sont ensuite vendues aux adultes à 20 euros chacune. Ce montant est suffisant pour un cycle complet de vaccinations de l'enfance, déclare Valérie Metzger, une coordinatrice de projets à l'UNICEF, qui a commencé le projet en France, suite à une initiative similaire en Italie connue sous le nom de "Pigotta".

Metzger dit que l'UNICEF fournit le corps de la poupée, et les enfants apportent des morceaux de tissu, de vieux vêtements et autres matériaux pour créer des costumes. Avant qu’ils ne commencent, on leur a parlé des droits des enfants et de certains des problèmes auxquels sont toujours confrontés des enfants dans le monde. Ils apprennent, par exemple, que 50 millions d'enfants ne sont pas enregistrés à la naissance et que quelque deux millions meurent chaque année faute de vaccinations essentielles.

Comme les modélistes, ces écoliers apprennent qu'ils peuvent contribuer à sauver des vies. Les ventes de leurs "frimousses" ont financé la vaccination de plus de 10.000 enfants au cours des cinq dernières années, a indiqué Metzger.