Sauver Le Darfour dans le monde

Les Etats-Unis menacent le Soudan de sanctions

L'express, 25 Avril 2007

Dans un discours au Musée américain de l'Holocauste, le président George Bush a menacé Khartoum de sanctions si le gouvernement soudanais ne met pas fin aux violences dans la région du Darfour. Un délai supplémentaire a toutefois été accordé au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, afin de poursuivre ses tractations diplomatiques auprès du président Omar Hassan al-Bachir

Le président George Bush a prévenu mercredi son homologue soudanais qu'une dernière chance lui était donnée de mettre fin aux violences dans la région du Darfour, faute de quoi Washington imposerait des sanctions à Khartoum et envisagerait d'autres mesures punitives. Le président américain a dit avoir décidé d'accorder un délai supplémentaire au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, afin de poursuivre ses tractations diplomatiques auprès du Soudanais Omar Hassan al-Bachir, mais il a clairement fait comprendre que les Etats-Unis perdaient patience.

"Le président Bachir devrait saisir cette dernière chance en répondant aux efforts du secrétaire général, et satisfaire aux justes exigences de la communauté internationale", a dit Bush dans un discours au Musée américain de l'Holocauste. Il a laissé entrevoir la création éventuelle d'une zone d'exclusion aérienne visant à empêcher l'aviation soudanaise de survoler le Darfour. Il a accusé l'armée de l'air soudanaise de peindre ses avions en blanc afin qu'on les prenne pour des appareils de l'ONU ou de l'Union africaine. "J'examine également le type de mesures que pourrait prendre la communauté internationale pour que le gouvernement du Soudan ne puisse pas faire survoler le Darfour par ses avions militaires, et si nous n'observons pas de signes de bonnes intentions, nous envisagerons des (...) mesures encore plus rigoureuses", a déclaré Bush.

A Londres, le Premier ministre Tony Blair a annoncé qu'Américains et Britanniques commenceraient jeudi à discuter d'une nouvelle résolution de l'ONU sur le Soudan avec leurs partenaires du Conseil de sécurité. Il est envisagé de sanctionner des personnes impliquées dans les violences et d'intensifier la surveillance aérienne, a-t-il dit. Néanmoins, des responsables américains de la défense ont dit que l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne serait difficile à appliquer dans une région de la grandeur du Texas. Les sanctions de l'ONU interdisent tout survol offensif du Darfour et interdisent les armes dans la région.

Nouvelles sanctions
Parmi les nouvelles sanctions envisagées figurent un embargo sur les livraisons d'armes à l'ensemble du Soudan, la surveillance des vols dans les aéroports soudanais et l'ajout de nouveaux noms sur la liste des responsables gouvernementaux, des rebelles et des chefs de milices soumis à des interdictions financières et de voyage. Des entreprises et des institutions pourraient aussi être inscrites sur la liste.

Néanmoins, les représentants à l'ONU de la Russie, de la Chine et de l'Afrique du Sud ont déclaré à des journalistes à New York que ce n'était pas le moment de parler de sanctions alors que le Soudan a accepté cette semaine le déploiement de 3000 Casques bleus.

"Ce qui se passe actuellement au Soudan est inacceptable et consternant, c'est un scandale pour la communauté internationale", a dit Blair à des journalistes. Le conflit du Darfour a fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Blair a souligné que quatre millions de Soudanais ne survivaient qu'avec une aide alimentaire extérieure.

Les autorités soudanaises ont fait un pas cette semaine vers un projet de déploiement de 3000 Casques bleus et de matériel au Darfour pour y épauler une force de 7000 hommes sous-équipés de l'Union africaine. Mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont émis de fortes réserves et Khartoum n'a pas donné son accord à un renforcement ultérieur qui dépasserait 20 000 hommes.

Accusant le gouvernement de Khartoum d'éluder les exigences internationales concernant l'arrêt des violences et le désarmement des milices arabes "djandjaouids", Blair a déclaré mercredi que le nouveau projet de résolution garantirait des efforts soutenus pour faire accepter au Soudan le déploiement d'une force de stabilisation "hybride" de l'ONU et de l'UA.

Bush a souligné que pour éviter les sanctions, le Soudan devait permettre le déploiement d'une force complète de maintien de la paix UA-ONU, cesser de soutenir les "djandjaouids", tendre la main aux dirigeants de la rébellion et laisser l'aide humanitaire parvenir à la population du Darfour.

A Doubaï, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a déclaré dans une interview que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne feraient mieux d'assurer un financement de l'ONU aux forces de maintien de la paix de l'UA déjà déployées au Darfour plutôt que de réclamer des renforts de l'ONU.