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La Chine se défend de tout néocolonialisme en Afrique

La Croix, 09 Octobre 2009


En offrant plus de 10 milliards de dollars de prêts bonifiés à l’Afrique, la Chine renforce sa stratégie d’implantation sur le continent noir

La Chine et l’Afrique ne cessent de se rapprocher et d’intensifier leur coopération depuis dix ans. À coups de milliards d’investissements dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, sans aucun état d’âme sur le soutien qu’elles apportent à des régimes très critiqués par la communauté internationale, les entreprises chinoises, privées et publiques, s’implantent partout.

Ainsi durant le Sommet sino-africain en Égypte qui s’est achevé hier en présence de responsables de plus de 50 pays africains, le premier ministre chinois Wen Jiabao a-t-il promis plus de 10 milliards de dollars de prêts bonifiés (6,6 milliards d’euros) à l’ensemble du continent africain et fait des offres de bons offices pour « la paix et la sécurité », tout en réfutant les accusations de « néo-colonialisme » portées par les Occidentaux.

À la veille de ce sommet, la Chine avait déjà signé un accord portant sur plus de 7 milliards de dollars (4,6 milliards d’euros) sur cinq ans pour un projet minier en Guinée, moins de deux semaines après le massacre de plus de 150 sympathisants de l’opposition guinéenne par les forces de sécurité. Face aux critiques occidentales, la Chine est restée impassible, soulignant qu’il s’agissait « d’investissements privés », ceux du China international fund (CIF) qui mènent aussi de vastes projets en Angola.

La Chine cherche à s’assurer une indépendance énergétique
La stratégie conduite par les entreprises chinoises répond à la politique générale du gouvernement de Pékin qui vise « à assurer nos réserves en ressources naturelles ». Pétrole soudanais, angolais ou nigérian, bauxite guinéenne, mais aussi cuivre mongol et fer péruvien… La Chine diversifie ses investissements un peu partout dans le monde.

« Accuser la Chine de néocolonialisme vient surtout d’un Occident très troublé par l’émergence d’une nouvelle puissance mondiale qui veut prendre sa place commerciale sur un continent africain dominé depuis des siècles par les seuls Occidentaux », analyse Chris Alden, chercheur à la London School of Economics and Political Science, spécialiste des relations Chine-Afrique. Il ne fait aucun doute pour lui que la Chine cherche à s’assurer une indépendance énergétique, mais les accusations européennes ou américaines de néocolonialisme ne se vérifient pas, selon lui, sur le terrain.

« Ce n’est pas du tout dans l’esprit chinois, explique-t-il, même si en dix ans l’Afrique est devenue le deuxième partenaire économique de la Chine derrière les États-Unis. Il faudra que les Européens acceptent la réalité : la Chine est la seule grande puissance capable d’investir de telles sommes depuis la crise financière internationale de l’année dernière. La Chine fait tout pour éviter cette perception coloniale, d’abord en Asie du Sud-est où elle a de gros investissements. Par ailleurs cette rhétorique occidentale, parlant de néocolonialisme, vise à provoquer les dirigeants africains » afin qu’ils se méfient de cette relation sino-africaine.

Accueillis à bras ouverts
Le plus souvent, les dirigeants africains, dictateurs comme Robert Mugabe au Zimbabwe et Omar el-Béchir pour le Soudan, ou bien élus démocratiquement, accueillent les aides, prêts, investissements chinois les bras ouverts. De la même façon les Africains faisant des affaires en Chine se frottent les mains, dans le sud vers Canton ou bien dans la province du Zhejiang au sud de Shanghaï.

Pour Barry Sautman, professeur à l’Université des sciences et techniques de Hong Kong, « les entreprises pétrolières chinoises ne sont pas les seules sur le sol africain, et au Soudan, la Chine est associée avec l’Inde (à plus de 40 %) dans certains projets, ou avec la Malaisie. Il y a aussi les Européens, dont les Suédois déjà actifs au Soudan ».

Pour le premier ministre chinois Wen Jiabao, « cette thèse du néocolonialisme ne mérite même pas d’être défendue et même en cette période de crise financière internationale, la Chine ne va pas réduire son aide aux pays en voie de développement et en faveur des pays africains ».
Dorian MALOVIC