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Darfour: la CPI tranche le cas el-Béchir le 4 mars

L'express, 24 Février 2009



La Cour pénale internationale rendra sa décision sur la demande de mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour, le 4 mars prochain.

La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé lundi qu'elle rendrait le 4 mars sa décision sur la demande de mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir.

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo avait demandé le 14 juillet 2008 aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir pour des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide commis dans cette région de l'Ouest du Soudan en proie à une guerre civile depuis 2003.

La guerre civile au Darfour a fait, selon l'ONU, plus de 300 000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes. Khartoum affirme que le conflit a fait 10 000 morts.

"Intention génocidaire"

La première chambre préliminaire de la CPI a, dans une décision publiée sur le site Internet de la cour, souligné qu'"il y avait eu de nombreuses rumeurs au cours des dernières semaines sur la date éventuelle de la publication de la décision et sur la décision même que cette chambre allait prendre". La chambre a décidé par conséquent d'annoncer à l'avance la date à laquelle elle rendrait sa décision.

Selon le procureur de la CPI, qui enquête depuis 2005 sur le Darfour en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, le président soudanais Omar el-Béchir a "une intention génocidaire". "Il a, de façon spécifique et à dessein, pris pour cible des civils qui ne prenaient part à aucun conflit, dans l'intention de les détruire, en tant que groupe", avait-il affirmé dans sa requête.

Les populations visées, appartenant aux ethnies four, masalit et zaghawa, ont été victimes de meurtres, viols, tortures, pillages et de déplacements forcés, selon l'accusation.

Il s'agit du premier mandat d'arrêt contre un chef d'Etat en exercice lancé par la CPI, seul tribunal permanent compétent pour juger des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Réactions au Soudan

Le Soudan a qualifié lundi de "fuite tendancieuse" cette annonce. L'annonce de la CPI est une "tentative visant à déstabiliser le pays. (...) Le gouvernement d'unité nationale ne sera pas ébranlé par cette fuite tendancieuse", a déclaré le sous-secrétaire aux Affaires étrangères, Mutrif Siddiq. Ce dernier a rappelé, dans une déclaration à l'agence de presse officielle Suna, que Khartoum ne reconnaissait pas la CPI et donc que ce tribunal n'était pas compétent pour le Soudan.

Le chef du principal mouvement de rébellion soudanais, Justice et Egalité (JEM), a quant à lui estimé qu'un mandat d'arrêt contre le président Omar el-Béchir signifierait "la fin de sa légitimité" à diriger le pays, dans un entretien publié mardi par le Times de Londres. Il a également affirmé: "nous allons agir fortement pour faire tomber" le président Béchir, ajoutant que "s'il ne coopère pas avec la CPI, la guerre va s'intensifier".