Sauver Le Darfour dans le monde

Les camps de réfugiés au Darfour: danger à long terme

Cyberpress, 19 Octobre 2008

Véritables poches de frustration, les camps au Darfour où s'entassent des dizaines de milliers de déplacés, inquiètent les organisations humanitaires qui craignent de voir s'y installer la violence à long terme.

«Cinq ans dans un camp, c'est comme être en prison», dit Atayeb Mohamed Adam, professeur d'anglais bénévole au camp de Kalma où 92.000 personnes vivent dans des plaines poussiéreuses à 13 km de Nyala, la capitale du sud-Darfour, une région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis 2003.

Sans travail et rations alimentaires suffisantes, ces déplacés, qui ont tout perdu, se plaignent de conditions de vie devenues pires malgré une initiative de paix du gouvernement soudanais et la présence de la force mixte de l'Onu-Union africaine au Darfour (Minuad).

La Minuad, dont les effectifs devraient à terme totaliser 26.000 personnes, n'a déployé jusqu'à présent que 9.078 soldats et 2.282 policiers au Darfour. 12.613 soldats supplémentaires sont attendus d'ici à la fin de l'année.


«Nous avons été trainés de force dans ces camps, ce qui est inhumain. Nous ne trouvons pas de travail et ne pouvons circuler librement. Si les femmes sortent (du camp), elles sont violées et si les jeunes le font, ils sont tués aussi», s'insurge M. Adam.

«Les gens ont peur. ils sont très frustrés car il n'y a ni travail, ni liberté. Ils sont en colère», dit-il en résumant la situation de l'un des multiples camps créés après le conflit au Darfour entre forces gouvernementales et rebelles qui réclament un partage des ressources et richesses. L'ONU a estimé à quelque 300.000 le nombre de morts dans ce conflit.

En Afrique, en Asie centrale et au Moyen-Orient, beaucoup de camps de réfugiés sont devenus des foyers pour le militantisme et le radicalisme. Les organisations humanitaires craignent une évolution similaire au Soudan.

«En restant aussi longtemps (dans les camps), les déplacés deviennent une cible des mouvements armés qui cherchent à les mobiliser» pour servir leurs intérêts, estime Wariara Mbugua, directeur des affaires civiles de la Minuad.

La criminalité augmente. Des dirigeants locaux ont dit à l'ONU leur inquiétude quant à l'introduction d'armes dans les camps. Des rivalités ethniques font surface.

«Vous allez assister à des crises sanitaires, vous allez voir une population totalement sans éducation parce qu'il n'y a pas d'écoles (...) Nous courons un grave danger» a dit M. Mbugua.

En octobre dernier, l'armée soudanaise, arguant que le camp de Kalma regorgeait d'armes, y avait lancé des raids, tuant plus de trente personnes. Cette accusation n'a pas été confirmée de source indépendante.

La Minuad, n'ayant pas mandat pour intervenir, a envoyé de l'argent et des hommes à Kalma, établissant pour la première fois une présence permanente dans un camp.

Mais même avec des effectifs complétés, il n'y aura que 19 unités de police d'une centaine de personnes chacune pour les dizaines de camps qui abritent selon l'ONU plus de 2,2 millions de personnes déplacées par le conflit.

«Nous avons besoin d'une force bien équipée et armée pour nous protéger. Nous ne voulons pas mourir, nous ne voulons pas être tués», a lancé cheikh Ali, le chef du camp, à une délégation de la Minuad, en présence de journalistes. Même s'il admet que «les choses ont commencé à changer» et que la situation s'améliore.

Les armes sont même pointées contre les travailleurs humanitaires.

L'ONU a indiqué que le gouvernement soudanais peignait ses hélicoptères d'attaque en blanc, les rendant indiscernables de ceux des forces de paix.

Les avions de l'ONU ont été visés par cinq attaques ces deux derniers mois et des responsables de l'ONU ont dit attendre le feu vert de New York pour les peindre d'une autre couleur.

«Nous avons suspendu les acheminements par route des humanitaires. Si nous sommes également menacés dans les airs, toute la mission sera en danger», a déclaré l'un d'entre eux.