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Darfour: le procureur de la CPI demande l'arrestation de trois rebelles

Afp, 20 Novembre 2008

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé jeudi l'arrestation de trois commandants rebelles, auteurs présumés d'une attaque meurtrière au Darfour, quatre mois après avoir requis celle du président soudanais Omar el-Béchir.

Les trois chefs de groupes rebelles accusés de crimes de guerre par le procureur Luis Moreno-Ocampo sont soupçonnés d'avoir dirigé une attaque au cours de laquelle 12 soldats de maintien de la paix de l'Union africaine (UA) avaient été tués, le 29 septembre 2007, à Haskanita, au Darfour.

"Je ne permettrai pas que des attaques de ce genre restent impunies", a déclaré dans un communiqué M. Moreno-Ocampo, qui a demandé aux juges de la CPI d'émettre des mandats d'arrêt contre les chefs rebelles. Il n'a pas divulgué les noms des trois hommes.

Le procureur de la CPI enquête depuis 2005, à la demande du Conseil de sécurité des Nations unies, sur le conflit du Darfour, région de l'ouest du Soudan où groupes rebelles et forces gouvernementales s'affrontent depuis 2003.

En juillet, il avait demandé aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais, qu'il accuse de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour. Les juges n'ont pas encore rendu leur décision.

En mai 2007, la CPI avait délivré des mandats d'arrêt contre le ministre soudanais aux Affaires humanitaires, Ahmed Haroun, et un chef de milice pro-gouvernementale janjawid, Ali Kosheib, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Le président el-Béchir refuse de les livrer.

M. Moreno-Ocampo devait présenter jeudi aux juges les preuves contre les responsables présumés de l'attaque de Haskanita, "la plus importante parmi celles menées contre des soldats de maintien de la paix" au Darfour.

C'est "une démonstration claire du fait que la CPI enquête sur les membres individuels de tous les groupes participant au conflit", s'est félicité l'ONG Amnsesty International dans un communiqué.

"Les attaques répétées contre les soldats de la paix internationaux ont gravement compromis l'efficacité des opérations de maintien de la paix au Darfour", a pour sa part estimé l'ONG Human Rights Watch, qui salue "une mesure importante en faveur de la protection de ceux qui protègent les civils".

Selon l'accusation, "un millier de soldats menés par des rebelles ont encerclé et attaqué le camp de Haskanita", rappelle le procureur. "A bord d'une trentaine de véhicules équipés d'armes lourdes", ils ont attaqué les soldats de maintien de la paix, faisant douze morts et huit blessés.

Ils ont ensuite détruit leurs installations de communication, dortoirs et véhicules. "Après cette attaque, les trois commandants concernés ont personnellement participé au pillage du camp aux côtés des forces rebelles conjointes et à la prise de biens", affirme l'accusation.

"Il y a des motifs raisonnables de croire que ces commandants rebelles portent la responsabilité pénale de trois chefs d'accusation de crimes de guerre présumés, à savoir le meurtre, des attaques dirigées intentionnellement contre le personnel ou des biens employés dans le cadre d'une mission de maintien de la paix et le pillage", précise le procureur dans le communiqué.

Interrogé par l'AFP, il a refusé de donner leur identité ou leur nationalité. "La meilleure façon de s'assurer qu'ils comparaissent devant la cour est de taire leurs noms", a souligné M. Moreno-Ocampo. "Ils peuvent venir d'eux-mêmes jusqu'à ce que les mandats d'arrêt soient lancés".

La décision est désormais dans les mains des juges de la CPI, a souligné le procureur.

Le conflit au Darfour entre groupes rebelles et forces gouvernementales, appuyées par les milices janjawid, a fait depuis 2003 plus de 300.000 morts selon l'ONU, alors que le Soudan décompte seulement 10.000 tués.

Fonctionnant depuis juillet 2002, la CPI, à La Haye, est le seul tribunal permanent chargé de juger les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. Elle ne dispose d'aucune force de police propre et dépend de la volonté des Etats pour l'exécution des mandats d'arrêt.