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Le président soudanais proclame un cessez-le-feu au Darfour

Le Point, 12 Novembre 2008

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir annonce un cessez-le-feu immédiat et sans conditions au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

"J'annonce un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel entre les forces armées et les factions combattantes, pourvu qu'un système de contrôle efficace soit mis en place et respecté par toutes les parties concernées", a dit Bachir.

"Nous allons immédiatement mettre en oeuvre une campagne de désarmement des milices et restreindre l'usage des armes par les forces de l'ordre", a-t-il ajouté lors d'un discours.

Les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), principale faction combattante au Darfour, ont réagi en affirmant que cette annonce n'était pas sérieuse.

Souleiman Sandal, commandant en chef adjoint de cette faction, a déclaré à Reuters que le MJE ne cessera pas les combats contre les troupes gouvernementales dans la région "tant que ne sera pas trouvé un accord général garantissant les droits du mouvement."

Le cessez-le-feu figurait au nombre des recommandations du Forum du peuple soudanais, qui regroupe des personnalités du gouvernement et de l'opposition.

"PAS DANS LA BONNE DIRECTION"

Bachir, menacé d'inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, ne s'est pas prononcé sur la libération des prisonniers politiques du Darfour, autre recommandation du Forum.

Alberto Fernandez, chargé d'affaires américain au Soudan, a salué "un pas dans la bonne direction".

"Mais le défi n'est pas sur le papier. Le défi est sur le terrain", a-t-il ajouté, interrogé par Reuters.

Plusieurs cessez-le-feu, dont l'un a été conclu dans le cadre de l'accord de paix signé en 2006 par les rebelles de l'Armée de libération du Soudan, sont restés lettre morte.

Fouad Hikmat, membre de l'International Crisis Group, a jugé l'initiative du chef de l'Etat "très positive", tout en soulignant le déficit de crédibilité des autorités aux yeux des insurgés.

Bachir "agit de la sorte parce qu'il fait l'objet de pressions internationales", a, quant à lui, commenté Gamal Nkruman, expert des questions africaines établi au Caire.

Amnesty International salue une ouverture susceptible de changer la donne au Darfour. "Plusieurs cessez-le-feu ont été proclamés au cours de ce conflit et aucun n'a fait de différence pour les Darfouris ordinaires", souligne toutefois l'organisation dans un communiqué.

Selon les experts, les affrontements, qui ont éclaté en février 2003, ont fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés.