Sauver Le Darfour dans le monde

La Chine dit travailler avec l'Occident pour apaiser le Darfour

Le Point, 26 Octobre 2008

La Chine, plus gros investisseur étranger au Soudan, a fait savoir dimanche qu'elle tentait de convaincre les puissances occidentales de ne pas aggraver la situation au Darfour avec une inculpation pour crimes de guerre du président soudanais Omar Hassan al Bachir.

Liu Guijin, envoyé spécial de Pékin sur le Darfour, a expliqué qu'il avait rencontré des responsables américains, français et britanniques pour discuter de l'inculpation de Bachir par le procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo.

"J'ai profité de ces visites dans les capitales occidentales pour consulter nos partenaires sur la façon dont nous pourrions travailler ensemble pour atteindre une issue plus souple pour l'inculpation", a déclaré Liu depuis Khartoum, après des discussions au ministère soudanais des Affaires étrangères.

En juillet, Ocampo a accusé Bachir de crimes de guerre et génocide au Darfour. Le Soudan, la Chine et l'Afrique du Sud ont estimé qu'une inculpation formelle du chef d'Etat soudanais anéantirait le processus de paix au Darfour, déjà dans l'impasse.

De leur côté, la Ligue arabe et l'Union africaine (UA) ont demandé au Conseil de sécurité de l'Onu d'empêcher l'émission d'un mandat d'arrêt international contre Bachir.

La Chine, qui dispose d'un droit de veto en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, s'est dite favorable à cette mesure. Pékin est régulièrement accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de ne pas profiter de son influence pour faire cesser le bain de sang au Darfour.

Selon Liu, Khartoum pourrait convaincre les Occidentaux de bloquer la procédure contre Bachir en permettant d'accélérer le déploiement de la force conjointe Onu-UA au Darfour, région de l'ouest du Soudan.

Cette mission, la Minuad, compte actuellement 10.000 soldats et policiers, bien moins que les 26.000 annoncés. Les diplomates occidentaux, responsables de l'Onu et organisations de défense des droits de l'homme en imputent la faute au pouvoir central soudanais, dont ils dénoncent les obstructions, ainsi qu'au manque de moyens déployés.

Liu a affirmé dimanche que le Soudan avait fait des progrès, notamment en ouvrant ses ports aux cargaisons de l'Onu, en sécurisant l'espace aérien et en accordant des visas aux membres de la mission.

Les experts internationaux estiment que 200.000 personnes ont été tuées et 2,5 millions d'autres ont été obligées de fuir en raison des violences au Darfour, où s'affrontent depuis 2003 des rebelles africains et les forces gouvernementales soutenues par des milices arabes. Selon Khartoum, le bilan du conflit s'élève à 10.000 morts.