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Soudan : vers un abandon des poursuites de la CPI contre Omar al-Bachir ?

Afrik.com, 12 Septembre 2008


Paris et Londres négocieraient l’arrêt de la procédure de la Cour pénale internationale

En Juillet dernier, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) avait défrayé la chronique en accusant Omar al-Bachir, le président du Soudan en exercice, de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour. L’Union Africaine et la Ligue arabe se sont alors dressées contre toute procédure judiciaire internationale. Elles seraient rejointes aujourd’hui par la France et le Royaume-Uni.

Une question s’impose : peut-on troquer la paix contre la justice ? Nous le savions, l’Union Africaine et la Ligue arabe, sans attendre la décision des juges de la CPI de poursuivre ou non le président soudanais Omar al-Bachir pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, se sont opposées à la procédure. La Chine et la Russie aussi. Tous ces pays prétendent qu’une telle démarche menacerait le processus de paix en cours au Darfour. D’autant qu’Omar al-Bachir avait déclaré en août qu’il n’hésiterait pas à entrer en guerre et à contraindre les soldats de la paix à quitter le Darfour si la Cour pénale internationale (CPI) l’inculpait formellement.

Aujourd’hui, Paris et Londres auraient rejoint ce front. « Des sources diplomatiques à l’Onu indiquent que la France et le Royaume-Uni, qui soutenaient jusque-là la CPI, ont entamé des discussions avec le Soudan. Ils seraient prêts à un compromis, si des progrès s’observaient sur le terrain », a déclaré hier Steve Crawshaw, représentant de Human Rights Watch auprès de l’Onu, interrogé par Le Temps

Paris ne confirme pas ces informations, mais Le Temps affirme avoir d’autres sources sûres. La semaine passée, rapporte le journal, le Monsieur Afrique de Nicolas Sarkozy, s’est rendu au Soudan. Bruno Joubert y aurait, selon le Sudan Tribune, promis de soutenir un report du processus visant Al-Bachir. En échange, la France réclamerait entre autres, l’interpellation par Khartoum de deux Soudanais inculpés en 2007 par la CPI de crimes contre l’humanité, Ahmad Harun et Ali Kosheib, et une levée par les autorités soudanaises des obstacles au déploiement de la Minuad (la Mission des Nations Unies au Darfour.)

« Intèrêts économiques ou volonté d’arrêter une guerre ? »

Comment expliquer ce revirement de position de la France et du Royaume-Uni qui, en 2005, préconisaient le renvoi de la situation au Darfour devant la Cour Pénale Internationale ? Aurait-il un lien avec l’annonce faite, début juillet, par le géant pétrolier français Total, de reprendre pied au Soudan pour explorer une zone du sud, après 20 ans de gel de ses relations avec le pays ? S’agit-t-il d’intérêts économiques où d’un soucis d’arrêter un conflit qui a fait plus 300 000 morts et des milliers de déplacés ? Une chose paraît évidente aujourd’hui : le front de soutien qui se forme autour du Président Bachir jouera de toute son influence lors de l’assemblée générale de l’Onu, prévue du 23 septembre au 1er octobre, pour inciter le Conseil de sécurité à invoquer l’article 16 du statut de Rome. Celui-ci obligerait la CPI à surseoir toute enquête ou poursuite dans un délai de douze mois. Et elle peut être renouvelée si 9 des 15 membres du Conseil de sécurité le souhaitent.

Il va sans dire que cette démarche indigne les défenseurs des Droits de l’Homme. « Le recours à l’article 16 créerait un précédent dangereux. La justice et la paix ne peuvent être échangées l’une contre l’autre. C’est un marchandage insensé et sans scrupule », selon Steve Crawshaw cité par Le Temps. Adbelbagi Jibril, du Centre de documentation sur le Darfour à Genève, lui aussi interrogé par le journal, est catégorique : « L’impunité est inacceptable. C’est une question morale pour le Conseil de sécurité. L’impunité et l’injustice ne peuvent favoriser la paix, elles sont des recettes pour la violence et l’instabilité. »

|Le Darfour, province de l’ouest du Soudan, est en proie depuis 2003 à une guerre entre forces gouvernementales et rebelles régionaux. Le conflit a déjà coûté la vie à 300 000 personnes et contraint près de 2,5 millions de civils au déplacement, selon les Nations unies.|