Sauver Le Darfour dans le monde

La question soudanaise gêne Pékin avant les JO

Le Monde, 15 Juillet 2008

Les autorités chinoises ont exprimé leur «grave inquiétude» après la décision de la Cour pénale internationale d'inculper le président Omar el-Béchir.

Une nouvelle fois, après l'affaire zimbabwéenne la semaine dernière, la Chine laisse transparaître ses «nuances» sur sa diplomatie en général et sa politique africaine en particulier. Pékin a exprimé mardi sa «grave inquiétude» et ses «doutes» sur la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d'inculper le président soudanais Omar el-Béchir.
Toute la question est maintenant de savoir jusqu'où la Chine est prête à aller dans les couloirs de l'ONU, le Conseil de sécurité ayant la possibilité de suspendre les procédures de la CPI. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Janchao, a déclaré mardi que des consultations avec des membres du Conseil avaient été engagées et que la Chine espérait «atteindre un consensus avec les parties adéquates». En ajoutant que «les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du problème, et non l'inverse».

La posture diplomatique de Pékin est compliquée par le contexte pré-olympique. La Chine n'entend pas compromettre ses intérêts au Soudan elle y achète les deux tiers de son pétrole , mais, à trois semaines des JO, elle doit aussi prendre garde à ne pas enflammer à nouveau l'opinion internationale. On se souvient que le cinéaste Steven Spielberg avait déjà abandonné ses fonctions de conseiller pour la cérémonie d'ouverture des Jeux, pour protester contre la bienveillance de la Chine à l'égard du Soudan.

Des investissements croissants

La Chine est régulièrement accusée, notamment par des organisations des droits de l'homme, de mettre de l'huile sur le feu au Darfour en vendant des armes au Soudan, dont elle est le principal fournisseur. Mardi, l'envoyé spécial de la Chine au Darfour s'en est d'ailleurs pris à la BBC, en l'accusant de reportages «biaisés» sur le sujet. La BBC avait affirmé lundi que la Chine entraînait des Soudanais à piloter des avions de chasse chinois.
Ce contre-pied diplomatique chinois sur l'Afrique intervient trois jours seulement après que Pékin et Moscou ont fait subir un revers aux Occidentaux au Conseil de sécurité de l'ONU, en mettant un veto au projet de résolution visant à sanctionner le Zimbabwe. Il s'inscrit dans le cadre d'investissements chinois en spectaculaire croissance en Afrique. Entre 2000 et 2006, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique sont passés de 6 à 35 milliards d'euros.

Les besoins de la Chine dans les domaines de l'énergie et des matières premières sont immenses ; ceux de l'Afrique en infrastructures sont encore plus abyssaux. C'est là que le deal se fait. À la grande satisfaction de Pékin, un rapport de la Banque mondiale, rendu public la semaine dernière, reconnaît que les investissements massifs chinois en Afrique contribuent à réduire la pauvreté.