Sauver Le Darfour dans le monde

Renforts chinois pour la force d'interposition au Darfour

Le Monde, 18 Juillet 2008

Une compagnie d'ingénieurs chinois (172 personnes) est arrivée, jeudi 17 juillet, à Nyala, dans le Sud-Darfour, pour rejoindre la mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad). Avec ces renforts, les effectifs de la Minuad totalisent désormais 8 000 personnes, dont plus de 300 Chinois, a indiqué une porte-parole de la Mission. A terme, 26 000 hommes devraient être déployés au Darfour.

L'engagement chinois sur le terrain va de pair avec une activité diplomatique intense, quelques jours après la demande, par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, de lancer un mandat d'arrêt contre le président du Soudan, Omar Al-Bachir, pour génocide au Darfour.

A l'image de pays africains et arabes, la Chine voit d'un mauvais oeil la mise en cause du président soudanais. Elle risque de mettre en péril, selon Pékin, le déploiement des forces de maintien de la paix dans cette région du Soudan en proie, depuis 2003, à des violences qui ont fait des centaines de milliers de victimes. "N'envoyons pas de signaux négatifs ou chaotiques", a plaidé l'émissaire de la Chine au Darfour, Liu Cuijin, devant quelques journalistes.

Les propos du diplomate chinois - le premier à s'exprimer depuis la demande du procureur de la CPI - augure que la Chine va peser au Conseil de sécurité de l'ONU pour une suspension de la procédure judiciaire de la CPI. Khartoum a invité Pékin mais aussi la Russie, la Ligue arabe et l'Union africaine à faire pression en ce sens, et il est prévu que les deux organisations régionales, l'UA et la Ligue arabe, réclament formellement une telle résolution au Conseil de sécurité.

Pendant ce temps, le procureur a défendu à l'ONU sa demande d'inculpation. "Ma responsabilité, a-t-il expliqué jeudi à New York, est d'instruire des dossiers et de les présenter aux juges (de la CPI). C'est ce que je fais. Je garde mon indépendance. Je ne peux tenir compte de facteurs politiques, mais je suis tenu d'informer les acteurs politiques", a-t-il ajouté.

Le procureur a reçu le soutien du secrétaire général de l'ONU. "L'impunité des crimes internationaux est inacceptable (...) La recherche de l'équilibre entre justice et paix ne doit jamais être influencée par les menaces et gesticulations de ceux qui cherchent à échapper à la justice", a dit Ban Ki-moon.