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Darfour: les étudiants d'Al-Facher réclament des casques bleus de l'Onu

Afrriklive, 19 Juillet 2008


Les étudiants de l'université d'Al-Facher, la capitale du Darfour du Nord, réclament une force de l'Onu dans cette région du Soudan dévastée par la guerre. Mais avant de parler, ils s'assurent que les informateurs du gouvernement ne tendent pas l'oreille.
"Nous sommes tous pour la présence de forces internationales, parce que la sécurité est la base du développement et permettra au Darfour d'entreprendre des projets nécessaires dans les domaines de l'éducation, la santé et l'infrastructure", explique un adolescent qui veut devenir infirmier.

Rencontré avec un groupe d'étudiants dans la cafétéria délabrée de la cité des garçons, il refuse de donner son nom par crainte des autorités.

Mais lorsqu'ils sont seuls, ils réclament la présence de casques bleus "pour rétablir la paix et surtout la confiance au Darfour", en proie à un conflit sanglant depuis février 2003 qui a fait des milliers de morts.

La plupart estiment que seule cette présence permettra de rétablir la paix, qui se fait attendre malgré un accord signé par Khartoum et le principal groupe rebelle. Mais ils pensent surtout qu'elle permettrait d'améliorer les conditions de vie de l'ensemble de la population.

Ces étudiants rappellent qu'il y a moins d'un an l'armée était intervenue à l'intérieur du vaste campus pour tirer sur des manifestants qui protestaient contre les mauvaises conditions d'études et surtout de vie pour ceux qui viennent des régions éloignées. Une centaine d'entre eux avaient été arrêtés. Logés à dix dans des chambres exiguës munies d'un ventilateur poussif, mangeant des fèves et des oignons à tous les repas, ils protestent contre la modicité de leur bourse et le manque de liberté d'expression après l'interdiction de l'Union des étudiants en raison de l'état d'urgence.

Au sein du groupe, un seul étudiant estime que les casques bleus ne seront pas plus efficaces que les forces de la mission de l'Union africaine (Amis). "L'Amis ne sert à rien, les gens ont toujours peur et l'Onu ne fera pas mieux", dit cet étudiant en sciences de l'éducation.

"Les seuls qui profitent de la présence de l'Amis sont les propriétaires de logements à louer aux étrangers. La solution doit être soudano-soudanaise, c'est-à-dire politique", ajoute-t-il, laissant entendre que des élections libres mettant en lice tous les partis, y compris ceux issus de mouvements rebelles, pourraient résoudre le conflit.

Deux étudiants en médecine rencontrés dans leur chambrée-dortoir soutiennent, eux, ouvertement le Mouvement de Libération du Soudan de Minni Minnawi (SLM, rebelle), signataire de l'accord du 5 mai avec le gouvernement. "Je ne comprends pas pourquoi l'université manque autant de moyens alors que le Soudan est riche, mais tout l'argent va à l'armée", dit l'un d'eux.

L'université, qui comporte deux facultés (médecine et sciences de l'éducation), compte quelque 8.000 étudiants, dont 30% de femmes. Appelée à l'origine "Université du 1er Septembre" en hommage à la révolution libyenne, elle avait été financée au début des années 1990 par le colonel Mouammar Kadhafi. La plupart des étudiants sont issus des ethnies Zaghawa ou Four, comme la majorité des habitants d'Al-Facher, à quelque 800 km à l'ouest de Khartoum.

"Si le gouvernement s'intéressait vraiment au Darfour, il y aurait plus d'investissement dans l'éducation. Il n'y a pas si longtemps, il n'y avait que trois écoles secondaires dans les trois Etats du Darfour alors qu'à Oumdourman (ville jumelle de Khartoum), il y en a 18", fait remarquer un étudiant. "Nous voulons un gouvernement plus proche de la population", conclut-il avant de s'éclipser.