Sauver Le Darfour dans le monde

Des groupes rebelles du Darfour saluent le projet de la CPI d'arrêter Béchir

Le Monde, 12 Juillet 2008

Les représentants des groupes rebelles du Darfour se sont félicités vendredi que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) ait l'intention de demander l'arrestation du président soudanais Omar el-Béchir.

"Alléluia. Je pense que la population du Darfour et les mouvements seront très heureux", a déclaré Sharif Harir du Mouvement de libération du Soudan SLM-Unité, en réaction à des informations selon lesquelles le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, compte réclamer un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour (ouest), en proie à un conflit depuis plus de cinq ans.

C'est "une bonne nouvelle pour le peuple du Darfour", a affirmé quant à lui Ahmed Hussein du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

"Ce sera une victoire historique pour l'humanité", a-t-il ajouté.

Le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Sean McCormack, a indiqué vendredi que le procureur de la CPI avait "l'intention de se rendre devant un panel de juges pour présenter des informations et réclamer un mandat d'arrêt", confirmant ainsi des informations de presse.

Cette annonce a donné lieu à une réaction soudanaise, par la voix du ministre soudanais des Affaires étrangères Al-Samani al-Wasilaa, qui a averti que toute mesure de la CPI visant le président Omar el-Béchir menacerait le fragile processus de paix dans cette province du Soudan.

Les deux porte-parole du SLM et du JEM ont déclaré "ne pas être inquiets".

"Il n'y a rien qu'ils puissent faire qu'ils ne sont pas déjà en train de faire", a affirmé M. Hussein.

Les deux porte-parole étaient à Genève pour assister à deux jours de travaux avec des fonctionnaires de l'ONU consacrés à la situation humanitaire au Darfour.

Le conseiller spécial du Centre pour un dialogue humanitaire, Dennis McNamara a indiqué que le Centre et le bureau des Nations unies en charge des affaires humanitaires (OCHA) ont organisé ces journées parce que la situation sur le terrain "devient dramatique et s'aggrave".

Jusqu'à présent, quelque 164 véhicules humanitaires ont été détournés cette année et près de 60 chauffeurs sont toujours portés disparus.

Plus récemment, sept soldats de la force de maintien de la paix de l'ONU et de l'Union africaine (Unamid) ont été tués dans une embuscade.

"Personnellement, je ne vois pas comment les agences humanitaires peuvent continuer avec un tel taux d'attaques", a jugé M. McNamara.

A l'issue de ces deux journées de travail, les deux groupes rebelles ont diffusé un communiqué commun dans lequel ils "dénoncent totalement toutes les attaques vis-à-vis des travailleurs humanitaires ainsi que les détournements de véhicules et qu'ils condamnent la récente attaque contre l'Unamid".

Ils ont ajouté qu'ils allaient "renforcer" leurs efforts pour retrouver les véhicules et l'aide humanitaire volés qui circulent dans des zones contrôlées par leurs hommes.

"Nous réaffirmons notre engagement à former nos hommes sur le terrain quant à leurs obligations de respecter les droits de l'homme", indique encore le communiqué.