Sauver Le Darfour dans le monde

L'ONU bute sur l'imbroglio soudanais

Le Figaro, 04 Juin 2008


En tournée africaine, les ambassadeurs du Conseil de sécurité ont tenté de renouer les fils du dialogue intersoudanais. Sans succès.
Pourleur seconde étape, au Soudan, les diplomates de l'ONU imaginaient il y a encore peu plancher sur la crise du Darfour. La visite aura en fait été plus consacrée à sauver la paix entre le nord et le sud du pays.

Durant plus de vingt et un ans, le nord musulman et le sud majoritairement animiste ou chrétien se sont déchirés dans une guerre qui a fait plus de deux millions de morts. L'accord de paix global (CPA), signé en 2005, a permis de mettre fin aux tueries. Le texte prévoit un gouvernement d'union nationale, un partage de la rente pétrolière, des élections législatives pour 2009 et un référendum d'autodétermination en 2011. Englué dans les mauvaises volontés, l'accord tarde à connaître une application.

Preuve des tensions, les diplomates de l'ONU ont dû se rendre mardi à Juba, capitale du sud, pour rencontrer Salva Kiir, leader du SPLM, pourtant officiellement vice-président du pays. L'homme s'est voulu rassurant. «J'ai demandé au président du soudan Omar el-Béchir de retirer ses troupes. Nous ne voulons pas la guerre», a-t-il expliqué. Mercredi, à Khartoum cette fois, les ambassadeurs ont de nouveau plaidé pour l'ouverture de pourparlers. Sans grand autre résultat que la mise en place d'une hypothétique commission internationale pour définir la frontière litigieuse et un accord sur le retour des habitants dans un Abyei toujours plein de soldats. «Nous avons entendu toutes les délégations et les problèmes restent très vifs autour d'Abyei», a d'ailleurs reconnu l'ambassadeur britannique John Sawers à l'ONU.

Pressions sur le nord

«Le problème est que l'ONU est en retard. Jusqu'en 2005, elle s'est concentrée sur le CPA sans prendre en compte la crise du Darfour. Ensuite, elle n'a plus vu que le Darfour et a oublié le CPA», assure un diplomate en poste au Soudan. Reste que tout autant qu'à un coupable aveuglement, ces retards sont liés aux divisions qui agitent la communauté internationale autour des questions soudanaises. La tournée du Conseil de sécurité les a rendues plus évidentes encore. Mercredi, les États-Unis, qui maintiennent Khartoum sous sanction économique depuis 1997, ne cachaient pas leur volonté d'augmenter les pressions sur le nord. À l'opposé, la position chinoise. «Abyei est un problème qui ne concerne que les Soudanais», tranchait Lui Zhenmin, le représentant chinois.

«Cette nouvelle crise autour d'Abyei sera peut-être résolue malgré tout. Elle grève encore un peu plus les chances de voir des élections se tenir en 2009», analyse, anonymement, un diplomate. Le risque de voir alors voler en éclats le CPA et une guerre générale embraser le Soudan serait alors plus proche que jamais.