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Le Soudan détient 100 rebelles présumés, selon HRW

Afrique En Ligne, 13 Mai 2008

Le gouvernement soudanais a procédé à l'arrestation de plus de 100 sympathisants présumés d'un groupe rebelle du Darfour qui a attaqué samedi la capitale, Khartoum et ses environs, annonce l'organisation Human Rights Watch (HRW), mardi, dans une déclaration.

Ces arrestations de masse à Khartoum de sympathisants présumés d'un groupe rebelle du Darfour et d'opposants politiques font craindre des actes de maltraitance, selon HRW.

Les forces de sécurité soudanaises ont interpellé plus de 100 personnes suite à une attaque menée contre la capitale par le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (JEM), le 10 mai 2008, qui a fait des dizaines de morts et blessés graves parmi les civils, indique l'organisation de défense des droits de l'Homme basée à New York.

"Le gouvernement soudanais pourrait systématiquement procéder à l'arrestation des rebelles ou sympathisants de l'opposition présumés à Khartoum", déplore Georgette Gagnon, directrice de la Division Afrique à Human Rights Watch.

"Compte tenu du bilan de Khartoum en matière d'abus, nous sommes très préoccupés par le sort de ces détenus".

D'après des témoins interrogés par Human Rights Watch, les forces de sécurité soudanaises ont arrêté au moins 100 personnes depuis l'attaque du 10 mai, certaines lors de fouilles effectuées de maisons en maisons et d'autres aux postes de contrôle installés par la Police et les forces de sécurité aux alentours de Khartoum.

Parmi celles-ci figurent des personnes suspectées ou connues pour avoir des liens avec le parti d'opposition, le Congrès populaire, et des groupes rebelles du Darfour.

D'après les déclarations du gouvernement, le leader du Congrès populaire, Hassan al-Turabi et plusieurs membres de son parti, ont été arrêtés le matin du 12 mai.

Bien que M. al-Turabi, d'après certaines informations, ait été relâché, on ne sait pas où se trouve la majorité des personnes arrêtées.

L'organisation de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch, a reçu des informations non confirmées selon lesquelles, certains interpellés ont été torturés et qu'au moins deux personnes auraient été exécutées sommairement en public.

C'est pourquoi HRW demande au gouvernement soudanais de faire en sorte que les personnes arrêtées soient rapidement libérées ou mises en examen et jugées conformément aux normes internationales de justice.

Les habitants de la capitale ont également raconté à Human Rights Watch qu'au moins 60 civils ont été blessés ou tués dans des affrontements entre le gouvernement et les forces rebelles, suite à l'attaque perpétrée par le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (JEM) contre Omdurman une ville jumelle de Khartoum, dans l'après- midi du 10 mai.

Quelque 1.000 combattants du JEM sont entrés à Omdurman, le 10 mai, formant une colonne de 50 à 150 véhicules et ont envahi plusieurs districts dont le principal marché de Souq Libya et les quartiers résidentiels d'Umbada, Al-Thoura et Al-Muhandiseen.

Les forces gouvernementales ont contre-attaqué au moyen de tanks et d'hélicoptères de combat.

Selon les habitants, les combats se poursuivaient lundi dans les marchés d'Al-Souq Al-Sha'bi à Omdurman et dans les rues d'Al-Souq Al- Arabi, Al-G'abat et Al-Huria, dans le centre de Khartoum.

"Les détails sur ces combats ne sont pas clairs mais le fait qu'ils se poursuivent dans les marchés signifie que les civils sont en grand danger" a dit Mme. Gagnon.

"Les forces soudanaises et les rebelles doivent respecter les lois de la guerre et épargner les civils".

Les lois de la guerre n'interdisent pas aux forces militaires de combattre dans les zones urbaines, mais les parties à un conflit doivent prendre les mesures possibles pour minimiser les torts contre les civils.

Toutefois, les attaques aveugles ou celles qui causent des torts aux civils disproportionnées par rapport aux acquis militaires, sont interdites.

"Les belligérants doivent éviter de se déployer à l'intérieur ou près de zones très peuplées et doivent faire partir les civils loin des forces militaires", note HRW.

L'organisation se dit également préoccupée par la possible réponse du gouvernement aux attaques du JEM près de la capitale, une première pour un groupe rebelle.

Le gouvernement répond depuis longtemps aux attaques rebelles au Darfour et ailleurs par des attaques délibérées contre la population civile au Darfour.

"Nous craignons que le gouvernement soudanais réponde comme il l'a fait par le passé, par des attaques contre les civils au Darfour", a dit Mme Gagnon, avant d'ajouter que le "Darfour a besoin du déploiement total de la force internationale de maintien de la paix le plus rapidement possible".