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Soudan: un chef de l'opposition arrêté

Afp, 12 Mai 2008

Arrêté lundi, deux jours après une attaque sans précédent de rebelles du Darfour sur Khartoum, le leader islamiste Hassan al-Tourabi était devenu un critique virulent du régime soudanais après avoir été son mentor.

Originaire de Kassala, dans l'est du Soudan, Hassan al-Tourabi, âgé de 76 ans, a été plusieurs fois emprisonné et n'avait recouvré la liberté de ses mouvements que depuis 2005.

Ancienne éminence grise du pouvoir, il accompagna et même inspira selon certains, le coup d'Etat militaro-islamiste qui conduisit le général Omar al-Béchir à la tête du plus vaste pays d'Afrique.

Fondateur des Frères musulmans soudanais et chantre d'un panarabisme islamiste, il fut aussi proche d'Oussama Ben Laden qui se fixa au Soudan de 1992 à 1996.

Mais sa carrière politique avait très tôt commencé, s'étant rapproché dans les années 1970 du président Jafar al-Numeiry pour faire adopter des lois islamistes.

Habile manoeuvrier, toujours prompt à nouer et dénouer des alliances, il a développé une plateforme politique islamiste en s'opposant aux puissantes confréries soufies et à la rébellion chrétienne sudiste.

Considéré comme le chef spirituel de la junte au pouvoir depuis 1989, il ne cesse d'étendre son influence. Il créa la première conférence populaire arabe et islamique, une internationale islamiste.

Il devint aussi président du Parlement et secrétaire général du Congrès national, le parti du président Béchir.

Mais ses relations avec Omar el-Béchir vont tourner à l'aigre et le divorce entre les hommes aboutira à son incarcération de 2001 à 2003, en étant accusé de menées putschistes.

Il sera de nouveau arrêté en 2004, suspecté de liens avec le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), un des groupes rebelles du Darfour qui venait, un an auparavant, d'engager une épreuve de force militaire avec le régime dans cette immense et déshéritée région de l'ouest du pays.

C'est le JEM qui a lancé l'attaque sans précédent samedi de Khartoum. Après de violents combats, elle a été matée par l'armée soudanaise, alors que le régime du président Béchir accusait le Tchad de l'avoir orchestrée en sous-main.

Le leader du JEM Khalil Ibrahim a été dans le passé un partisan de Hassan al-Tourabi, et les autorités estiment qu'ils coordonnent toujours leurs activités.

Les deux hommes ont démenti ces liens, mais Hassan al-Tourabi avait loué le JEM dans un entretien avec l'AFP en 2006, affirmant avoir en commun un projet de démocratie islamiste au Soudan.

"Sur le terrain, ils ne sont pas du tout puissants, mais ils sont plus intelligents et plus patriotiques. Ils pensent au pays dans sa totalité".

Le JEM participe aussi à une rébellion dans l'est du pays - région natale de Hassan el-Tourabi - qui serait soutenue par l'Erythrée, selon Khartoum.

Après avoir été placé en résidence surveillée, il avait repris à l'été 2005 du service politique à la tête de son parti le Congrès national populaire (CNP), se livrant à de virulentes attaques contre le régime qu'il accusait de corruption.

Tout en jouissant d'une influence limitée, il avait aussi noué une alliance avec son beau-frère, et ancien adversaire, Sadek al-Mahdi, Premier ministre renversé en 1989.

Ce juriste polyglotte formé à Khartoum, Londres et Paris, avait récemment défendu des vues peu orthodoxes affirmant que des musulmanes pouvaient épouser des chrétiens, ou se déclarant favorable à la prière en commun des femmes et des hommes.