Sauver Le Darfour dans le monde

Le Soudan lance un recensement crucial malgré les difficultés

Afp, 22 Avril 2008


Le Soudan a mis en route mardi son premier recensement en 15 ans, un élément clé du fragile processus du paix après une longue guerre civile, en dépit de la contestation du gouvernement autonome du Sud et des rebelles du Darfour.

Khartoum, en grande partie avec l'aide des Nations unies, dit avoir préparé le recensement le plus complet jamais effectué au Soudan, le plus grand pays d'Afrique. Le comptage s'étalera sur deux semaines.

Un Accord de paix globale (CPA) avait mis fin en 2005 à une guerre civile dévastatrice dans le Sud, majoritairement chrétien et animiste. En 21 ans, cette guerre avait fait 1,5 million de morts et largement affaibli l'économie du Nord à majorité arabo-musulmane.

Aux termes du CPA, le recensement, plusieurs fois reporté, doit servir à l'établissement de circonscriptions avant des élections et confirmer le partage du pouvoir entre les anciens ennemis ou au contraire le redessiner.

Mais le Sud a refusé d'être lié par les résultats du recensement et les rebelles du Darfour, province de l'ouest du Soudan en guerre civile, ont décidé de le boycotter.

Les deux parties accusent le Nord à majorité arabe de manipuler le comptage pour renforcer son contrôle et marginaliser la population africaine.

D'après le gouvernement central, l'opération se déroulait sans problèmes et dans la transparence malgré des pluies inhabituelles en avril, qui ont empêché des observateurs d'atterrir dans la ville de Rumbek (sud).

A Khartoum, les commerces étaient fermés et les rues presque désertes, les habitants ayant été invités à rester chez eux pour être recensés.

Quelque 60.000 agents sont mobilisés, sous le contrôle de 200 observateurs, pour dénombrer une population estimée à 40 millions d'habitants. Le coût de l'opération est évalué à plus de 100 millions de dollars.

"Nous faisons face à quelques défis mais je pense qu'il y a une volonté de les surmonter", a déclaré Abdel Bagi Gailani, le chef de la commission de surveillance nommé par la présidence.

"Jusqu'ici, tout se passe sans problèmes. Nous ne nous attendons à aucun problème", a pour sa part affirmé Ibrahim Abbas, le chef du comité du recensement dans le Nord.

Mais le mécontentement reste vivace dans le Sud, où des milliers de personnes déplacées ont afflué pour être recensées.

"Le niveau de préparation a été très bas et même si le comptage a lieu (mardi), il ne donnera pas les résultats désirés", a estimé le ministre de l'Information du Sud-Soudan, Gabriel Changson Chang.

Des observateurs internationaux se sont inquiétés de la possible exclusion de grandes parties du Darfour --une région de la superficie de la France-- du recensement en raison de l'opposition des groupes rebelles.

Khalil Ibrahim, le leader du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), un important groupe rebelle du Darfour, a affirmé à l'AFP "ne pas savoir" si ses partisans allaient lancer des attaques pour saborder le recensement.

"Mes gens ne sont pas chez eux, beaucoup d'entre eux ont traversé la frontière. Ils sont au Tchad et concentrés dans des camps pour personnes déplacées, sous des arbres ici et là, dans des montagnes et des villages. Alors, ce qu'ils font (le recensement, ndlr), ça n'a pas de sens", a-t-il ajouté.

D'après les autorités, seulement 3% du Darfour sera exclu du comptage.

Le triangle de Halayib (nord-est), sous occupation égyptienne, et des régions reculées du Sud isolées par les inondations seront probablement exclus, bien que Isaiah Chol, le directeur du comité du recensement pour le Sud, ait indiqué que les agents avaient à leur disposition 55 bateaux pour faciliter leur accès.

Selon le bureau central des statistiques, les résultats devraient être connus en septembre, mais des responsables soudanais ont estimé que la fin décembre était une date plus plausible.