Sauver Le Darfour dans le monde

George Clooney : «Je ne veux pas grandir»

Le Figaro, 18 Avril 2008

L'acteur, réalisateur et producteur signe une comédie romantique qui a pour cadre le football américain dans les années 1920.

George Clooney apparaît et c'est le charme à l'état pur qui surgit dans cette suite de l'hôtel Bristol. À 46 ans, il incarne avec humour et dérision une star vieillissante du football. Dans cette comédie située au cœur des années 1920, il renvoie la balle à Renée Zellwegger, piquante journaliste en quête de scoop. Si Jeux de dupes respire la nostalgie, Clooney reste un homme du présent. Il nous parle de son engagement sans faille au Darfour, de sa position face aux Jeux olympiques de Pékin. Rencontre avec une star vraiment au-dessus de la mêlée et naturellement très sport.

LE FIGARO. Après Confessions d'un homme dangereux , Good Night and Good Luck, Jeux de dupes est votre troisième film en tant que réalisateur. Pourquoi une comédie romantique sur le football américain dans les années 1920 ?
George Clooney. J'avais à la fois envie de m'échapper des films à thèse et de rendre hommage aux comédies signées Howard Hawks, Preston Sturges, Cukor. Mon but était de placer une comédie romantique dans un environnement nouveau. Per­sonne n'avait encore filmé cet univers du football américain en 1925, en couleur. Pour moi, cela dit, ça ressemble plus à du rugby qu'à du football. Ce sont des mecs qui se tapent dessus…

Des points communs avec votre personnage, Dodge Connolly, capitaine des Bulldogs et star vieillissante du football ?
Oui, j'ai la même taille que lui ! (Rires.) Mais c'est surtout un homme qui ne veut pas grandir. Et dans ce sens je lui ressemble. Je pense que la plupart des acteurs refusent de devenir des adultes. Un adulte prendrait un boulot normal !

Est-il amusant de se moquer de soi comme vous le faites dans Jeux de dupes ?
J'essaie de me moquer de moi-même avant que quelqu'un ne le fasse. C'est l'astuce. Quand on prend de l'âge et si on a quelque peu confiance en soi, il ne faut pas hésiter à souligner avec humour ses défauts. Par ailleurs ma vie, à bien des égards, comporte des aspects ridicules. Pas mieux que la dérision pour y faire face.

À 6 ans, vous avez dit à votre père, le journaliste Nick Clooney, que vous vouliez être célèbre. Pourquoi si jeune ce goût des projecteurs ?
Mon père était célèbre. Il avait un talk-show à la télévision. Dans mon esprit d'enfant, la célébrité était un job à part entière, l'unique chose à faire plus tard. Mais j'ai mis le temps ! J'avais 33 ans quand la série Urgences a cartonné. Avant je n'avais essentiellement rencontré que des échecs.

Vous êtes acteur, réalisateur, producteur et militant. Quand avez-vous découvert que vous aviez un rôle à jouer en politique ?
Je l'ai toujours su. Ma mère était maire tout comme mon arrière-grand-père. Mon père a fait campagne pour le Congrès. Bien avant d'être connu, j'ai travaillé sur des campagnes politiques. Mais mon militantisme est devenu plus passionné, fiévreux, après les événements du 11 Septembre et la guerre en Irak. La presse américaine a arrêté de se poser des questions et a coopté les décisions de l'Administration. Les acteurs qui prenaient position ont été traités de traîtres. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit et réalisé Good Night and Good Luck.

Que pensez-vous de l'organisation des Jeux olympiques à Pékin ?
Il y a un an et demi, j'ai emmené deux athlètes olympiques en Chine et nous avons rencontré des membres du gouvernement. Nous n'étions pas là pour proférer une menace de boycott mais pour régler les problèmes du Darfour en leur faisant comprendre que le meilleur moyen était de ne plus vendre des armes au gouvernement de Khartoum et de tout mettre en œuvre afin que le Conseil de sécurité puisse envoyer des troupes là-bas. Ils ont fait un geste mais n'ont pas été très efficaces. Cela fait un mois et demi que la question du Tibet est sur le devant de la scène, reléguant au second plan le conflit au Darfour.

Alors, boycott ou non ?
Une grande puissance telle que la Chine doit réviser sa conception des droits de l'homme et ne peut se permettre d'avoir ceux d'un pays du tiers-monde. Les manifestations qui ont eu lieu sur le passage de la flamme olympique étaient justifiées. L'idée d'un boycott de la cérémonie d'ouverture, s'il y a suffisamment de monde pour le faire, pourrait fonctionner. Mais on ne doit pas boycotter les Jeux, ce serait injuste pour les athlètes.

Vous avez été nommé «messager de la paix». Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
J'avais essayé en vain d'avoir un visa pour entrer au Darfour. Le sous-secrétaire des Nations unies m'a alors proposé de devenir messager de la paix, ce qui me permet d'avoir une position stratégique formidable. Mais je n'ai accepté qu'à la condition d'être à la fois leur meilleur ambassadeur et leur pire critique !