Sauver Le Darfour dans le monde

L'émissaire américain au Darfour accentue la pression sur l'Onu

L'express, 03 Avril 2008

L'émissaire spécial des Etats-Unis pour le Darfour a accentué jeudi la pression sur les Nations unies et les membres de l'Onu en estimant que la réaction de la communauté internationale à la situation dans cette région de l'ouest du Soudan avait jusqu'ici été faible.
Seuls 9.000 des 26.000 soldats requis pour la force hybride de maintien de la paix mise en place par l'Onu et l'Union africaine (Minuad) ont été déployés dans la région.

Des gouvernements occidentaux ont imputé à Khartoum la lenteur de ce déploiement, l'accusant d'avoir rechigné à approuver la composition de la force et dressé des obstacles inutiles à la mission.

Des responsables des missions de maintien de la paix de l'Onu se plaignent par ailleurs d'un manque d'hélicoptères, lesquels sont indispensables pour transporter des soldats sur ce territoire dont la superficie avoisine celle de la France.

Certains diplomates estiment que ni Washington ni Moscou ne font assez pression sur la Chine pour qu'elle presse à son tour Khartoum de cesser de faire obstruction à ce déploiement.

Richard Williamson, émissaire de la présidence américaine pour le Darfour, a fait savoir que Washington était à court de patience. En plus de faire pression sur le Soudan, il demande aux Nations unies et aux pays fournissant des troupes de déployer davantage de soldats au plus tôt, avec ou sans hélicoptères.

"La réaction de la communauté internationale au génocide au ralenti qui se déroule au Darfour a été faible et cela s'explique par ce type d'excuses", a déclaré Williamson à Reuters.

1,3 MILLIARD DE DOLLARS DISPONIBLES

Washington n'a proposé ni troupes ni hélicoptères mais Williamson a rappelé que les Etats-Unis avaient promis au total un demi-milliard de dollars pour le financement de l'opération de maintien de la paix au Darfour.

Il a ajouté que l'Onu n'avait pour l'heure dépensé qu'un quart des près de 1,3 milliard de dollars de fonds dont elle dispose pour sa mission au Darfour.

"Cela fait beaucoup d'argent qu'ils pourraient utiliser pour concrétiser certaines choses", a-t-il dit.

Environ 2,5 millions de personnes ont été chassées de chez elles par les violences que connaît depuis cinq ans le Darfour. Des experts internationaux estiment que 200.000 personnes ont péri dans ce que Washington qualifie de génocide.

Khartoum, qui rejette les accusations de génocide, parle de 9.000 morts.

La semaine dernière, Williamson a écrit au secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, pour l'exhorter à garantir que 3.600 soldats de plus seraient déployés d'ici juin au Darfour dans le cadre de la mission de maintien de la paix Onu-UA, une cible jugée irréaliste par plusieurs diplomates interrogés à l'Onu par Reuters.

Williamson a estimé que si ces effectifs supplémentaires n'étaient pas envoyés au Darfour d'ici juin, cela serait dû non pas à un manque de matériel mais à une incapacité à prendre en compte l'urgence de la situation.

Il a reconnu que le manque d'hélicoptères posait problème et que Khartoum tardait à donner son feu vert aux déploiements. Mais selon lui, envoyer rapidement des soldats supplémentaires sur place pour alléger les souffrances de la population darfourie est une priorité.

Marie Okabe, une porte-parole de Ban, a dit à des journalistes que l'Onu se félicitait de l'engagement américain sur ce dossier mais estimé que les soldats de la mission hybride devaient être correctement équipés et formés avant d'être déployés. Elle a ajouté que le manque d'hélicoptères était l'un des "manques critiques" que la Minuad devait rapidement combler.