Sauver Le Darfour dans le monde

A Seleah, au Darfour, 25000 âmes partagent l'eau de deux puits

Rue 89, 28 Mars 2008

(De Seleah, Soudan) Du sable, 40°C à l’ombre, une chaleur sèche, brulante et une voie de chemin de fer. Seleah est un village perdu au milieu du Darfour. On y dénombre une population de plus de 25000 personnes. A la base, ce village soudanais ne comptait que 4000 âmes. Si les 20000 nouveaux arrivants ont fui les exactions des milices Janjawids, ils se sont aussi massés à Seleah car on y trouve de l’eau. Dans cette ville sale, faite de paille et de bâches en plastique, il n'y a que deux forages. L’un est géré par le gouvernement, l’autre par Solidarités. Nous sommes la seule ONG présente en permanence à Seleah. Il y a deux ans, nous avons construit le second forage de la ville.

Deux forages, c’est bien, encore faut-il avoir une bonne place dans les longues files d’attente pour espérer puiser l’eau dont la famille aura besoin dans la journée. Dans le cas contraire, on ne peut se permettre d’attendre deux jours. Il faut alors prendre son courage à deux mains, son âne et partir sur des chemins peu sûrs pour près de six heures de marche aller-retour au puits le plus proche. Survient alors le deuxième problème, plus économique celui-ci. Perdre six heures chaque jour pour trouver à boire ne permet pas de développer quoi que ce soit. Comment tenir un commerce, cultiver quelques légumes ou faire du négoce quand on perd tout son temps à chercher de l’eau?

La gestion équitable de Solidarités

Pour remédier à ce problème de temps d’attente, notre association a mis en place une gestion propre et claire du forage qu’elle entretient en partenariat avec la communauté locale. Si la file d’attente est trop longue, les femmes –car se sont elles qui s’occupent de l’eau– peuvent aller s’inscrire auprès des gardiens du forage. Elles leurs indiquent leur nom et laissent sur place leurs jerricanes (offerts par l’Unicef). Ainsi, elles peuvent repartir s’occuper l’esprit libre et revenir à l’heure de la prochaine distribution. Cette initiative semble simple et pourtant…

Au forage du gouvernement, la distribution d’eau prend une autre tournure. C’est l’anarchie. Chacun se bat pour obtenir une bonne place dans la file d’attente et ne peut la quitter sous peine de la perdre. Un attroupement trop imposant et les gardiens armés de bâtons frappent au hasard pour disperser la foule.

Au-delà de l’accès à l’eau, nous mettons en place des sessions d’éducation à l’hygiène: lavage des mains, construction de latrines, couverture des denrées, etc… Au forage, Solidarités tente de prévenir les risques de contamination par une méthode simple. On ne peut allez se ravitailler en eau sans avoir au préalable nettoyé les mousses stagnantes à l’intérieur des bidons. Quelques caillasses, de l’huile de coude et l’on secoue. Stratégie simpliste et pourtant indispensable. A notre forage, on paye au mois. Un dollar pour quelques bidons chaque jours. Cette gestion nous permet de venir en aide à plus de 500 familles sans discrimination. "Riches" ou "pauvres" sont traités de la même manière.

15 litres par jour par famille

Quand on s’attarde sur les chiffres, ils sont effrayants. Les familles de Seleah ne disposent que de 15 litres d’eau par jour. 15 litres, c’est très peu pour boire, se laver, cuisiner et entretenir un potager. Quinze litres pour une famille d’au moins quatre personnes. La consommation d'une famille de quatre personnes en France s’élève à plus de 350 litres par jour. Vingt fois celle d’une famille de Seleah.

Il ne s’agit pas de se sentir coupable d’utiliser de l’eau. Il faut juste ne pas oublier, savoir qu’ailleurs la situation est différente et parfois désastreuse. Il y a un an sortait sur les écrans "Si le vent soulève les sables", un film franco-belge sur la situation de ces familles africaine contraintes de quitter leurs villages où l’eau se fait trop rare. Un exode dramatique à travers des pays en guerre, où chaque pas amène son lot de souffrance –meurtre, enrôlement et l’eau, l’eau qui manque toujours.

L’Afrique et son problème d’eau paraissent loin. Et pourtant, déjà, en Espagne et dans le sud de la France, les nappes s’assèchent, la désertification avance et la pluie se fait plus rare d’année en année. Chaque goutte d’eau compte.