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Nicolas Sarkozy dénonce l'"assassinat" du soldat français tué au Soudan

Le Monde, 13 Mars 2008

Alors que le gouvernement français avait fait preuve de retenue pour commenter la mort du sous-officier français tué, le 3 mars, par des soldats soudanais à la frontière avec le Tchad, le président Nicolas Sarkozy a estimé qu'il s'agissait d'un "assassinat", mercredi 12 mars, à l'occasion d'une cérémonie militaire en hommage à l'adjudant Gilles Polin, qui s'est déroulée à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).

Membre de la Force européenne Eufor déployée dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, ce soldat des forces spéciales françaises a été tué "alors qu'il participait, dans le cadre de l'Eufor, à une mission de protection humanitaire au profit des populations réfugiées du Darfour et des populations tchadiennes déplacées", a rappelé M. Sarkozy. "Il est tombé alors qu'il menait une opération de paix, victime de lâches, animés d'une violence aveugle et coupable", a insisté le chef de l'Etat, invoquant des "tirs inconsidérés, délibérés".

De son côté, le gouvernement soudanais a réclamé une somme de 10 000 dollars pour chacun des quatre nomades soudanais qui, affirme-t-il, ont été tués par l'explosion d'une grenade accrochée à l'uniforme du soldat. Les experts militaires français mettent en doute cette version des faits : ils soulignent que le corps de Gilles Polin aurait dû, lui aussi, être déchiqueté par l'explosion, ce qui n'a pas été le cas.

Alors qu'environ 40 % des soldats de l'Eufor (1 680 sur un total de 3 700) sont arrivés au Tchad, la situation humanitaire dans l'est du pays se détériore, a estimé Kingsley Amaning, coordinateur de l'action humanitaire des Nations unies au Tchad. "Le contexte dans lequel nous travaillons empire parce que les crises dans les pays avoisinants, qui ont créé le flux de réfugiés, continuent", a-t-il déclaré mercredi.

Environ 487 000 réfugiés et personnes déplacées sont désormais regroupés dans l'est du Tchad, 9 000 nouveaux réfugiés soudanais étant arrivés en février et 12 000 Centrafricains ayant passé la frontière depuis le début de l'année.

Au Soudan, on assiste, d'autre part, à une recrudescence des combats au Darfour, avec une nouvelle offensive des milices janjawids qui prêtent main forte aux troupes gouvernementales face aux rebelles de la province soudanaise. Le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé, mardi 12 mars, sa "profonde préoccupation" devant une situation qui s'est traduite par le déplacement forcé de nouvelles populations civiles, estimées à 45 000 personnes.