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Sombre anniversaire au Darfour où le conflit entre dans sa sixième année

Afp, 26 Février 2008

Le conflit du Darfour est entré mardi dans sa sixième année sans solution en vue, le gouvernement soudanais résistant toujours aux pressions pour le déploiement d'une force internationale capable de protéger les populations victimes d'un regain de violences.

L'anniversaire coïncide avec la présence à Khartoum de l'envoyé spécial américain pour le Soudan, Richard Williamson, et de son homologue chinois, Liu Guijin, venus pour des pourparlers au plus haut niveau dans l'espoir d'aboutir à la paix.

Le président américain George W. Bush a qualifié le conflit au Darfour, une province de l'ouest du Soudan, de génocide.

La Chine est pour sa part un partenaire économique majeur du Soudan, qui lui achète des armes et lui vend du pétrole. Mais ses liens avec Khartoum sont perçus comme un frein aux pressions internationales sur le gouvernement soudanais.

Le Darfour est ravagé depuis cinq ans par un conflit qui a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de 2 millions de déplacés. Khartoum conteste ce bilan et chiffre le nombre des victimes à quelque 9.000.

L'ONU a exprimé son inquiétude ces derniers jours après avoir reçu des informations sur de nouvelles violences au Darfour qui ont repris en février où deux attaques de l'armée soudanaise et de miliciens janjawids ont poussé vers le Tchad au moins 12.000 réfugiés supplémentaires.

La survie de près de 4,2 millions de personnes dans cette région dépend de l'aide humanitaire.

Le 26 février 2003 est la date retenue par la majorité des experts comme celle du déclenchement du conflit lorsque les rebelles ont attaqué une garnison gouvernementale au Darfour du nord pour protester contre la marginalisation économique et politique de ce territoire.

Pour appuyer ses forces armées, le gouvernement soudanais a recruté et armé des milices, les jandjawids, dont le nom signifie en arabe des "démons sur des chevaux".

L'envoyé chinois en visite au Soudan a remis une aide humanitaire dans une tentative de prouver la solidarité de Pékin avec la population sinistrée.

"Nous sommes prêts à tendre une main secourable", a déclaré M. Liu à Khartoum.

M. Bush s'était dit "frustré par la lenteur" des développements sur le terrain concernant le déploiement de la force "hybride" ONU-Union africaine (Minuad).

Elle doit devenir la plus importante force de maintien de la paix dans le monde avec 20.000 soldats et 6.000 policiers. Mais seuls 9.000 hommes ont pour l'instant été déployés.

La Minuad a pris début janvier le relais de l'Amis, l'ancienne force de l'Union africaine, mal équipée et sous-financée. Elle est chargée de protéger les populations civiles sur un territoire grand comme la France livré à la guerre civile depuis cinq ans.

Un haut responsable soudanais a rejeté dimanche toute responsabilité de Khartoum dans le retard du déploiement de la force et qualifié de "fâcheuses" les déclarations du secrétaire général de l'Onu Ban Ki-Moon à cet effet.

"Le manque de financement est la raison du retard dans le déploiement de la force hybride" de l'ONU et de l'UA au Darfour, a affirmé l'adjoint du président, Nafie Ali Nafie, en mettant en cause la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis.