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Darfour: les civils menacés par des bombardements aériens

Presse Canadienne, 20 Février 2008


Les bombardements aériens menés par l'armée soudanaise au Darfour mettent en danger des dizaines de milliers de civils, s'alarment les Nations unies qui appellent toutes les parties en conflit à la retenue sur fond de recrudescence des combats entre les forces de Khartoum et les rebelles.

Aux succès enregistrés sur le terrain par les insurgés dans l'ouest du Darfour, les militaires soudanais ont répondu par des frappes aériennes qui ont fait des milliers de déplacés parmi les civils, dont beaucoup ont gagné le Tchad voisin.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon est "extrêmement préoccupé par la poursuite de la violence dans l'ouest du Darfour", a souligné mardi à New York la porte-parole adjointe de l'ONU Marie Okabe, citant en particulier le bombardement du camp de déplacés d'Aro Sharow lundi et mardi.

"Des informations supplémentaires en provenance du Darfour indiquant que les forces et milices gouvernementales se regroupent dans le secteur de Djebel Moon, dans l'ouest du Darfour, sont un signe inquiétant que les hostilités vont se poursuivre dans la zone", a ajouté Mme Okabe.

De son côté, le sous-secrétaire général de l'ONU pour les affaires humanitaires, John Holmes, avertit que "les conséquences pour 20.000 civils dans la zone pourraient être désastreuses". On estime que la conflit au Darfour a déjà fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003.

Par ailleurs, des milliers de réfugiés étaient coincés par les combats mercredi alors que les rebelles faisaient face à une vaste offensive des forces soudanaises près de la frontière tchadienne, ont rapporté des insurgés et des travailleurs humanitaires.

Selon le commandant rebelle Abbas Mohamed, une dizaine de civils ont été tués et 20 arrêtés dans une opération des forces de Khartoum qui a visé le secteur de Djebel Moon, au Darfour occidental, mardi. "Les combats se poursuivent", a-t-il déclaré à l'Associated Press, précisant que trois de ses hommes avaient été tués.

Selon les rebelles, environ 10.000 civils cherchent à fuir la zone mais sont bloqués à la frontière soudano-tchadienne par l'armée de Khartoum et ses alliés miliciens Janjawid. "Ils veulent gagner le Tchad mais le gouvernement (de Khartoum) leur barre la route", a affirmé Abbas Mohamed.

Le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères Ali Sadiq a déclaré ne pas avoir de détails sur la situation de ces réfugiés, mais a estimé que le chiffre avancé quant à leur nombre était "exagéré".

L'ONU ne pouvait dire dans l'immédiat quel camp bloquait ces civils mais a précisé que 8.000 personnes se trouvaient dans le secteur. Des bombardements se poursuivent dans la zone, a également indiqué une porte-parole de l'organisation internationale.

La France a exprimé mercredi ses "plus vives inquiétudes devant la poursuite des opérations militaires au Darfour occidental" et appelé à la suspension des hostilités et à la protection des populations civiles, a indiqué le Quai d'Orsay.

La force de paix conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour (UNAMID), lancée en janvier, a fait savoir qu'elle n'avait pas les moyens d'intervenir pour empêcher les violences car elle n'a reçu à ce jour qu'une petite partie de ses effectifs prévus (26.000 hommes).

Selon l'ONU, 57.000 civils ont fui leur foyer depuis la relance des combats fin 2007 entre Khartoum et le Mouvement pour la justice et l'égalité, un des groupes rebelles de la région. Les bombardements aériens de l'armée soudanaise ont poussé au moins 10.000 personnes à fuir au Tchad ce mois-ci, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Des informations faisant état de nouveaux bombardements dans la nuit de lundi à mardi ont conduit l'ONU à retirer temporairement son personnel dans la région frontalière soudano-tchadienne pour des raisons de sécurité, a précisé à Genève Jennifer Pagonis, porte-parole du HCR.

Des réfugiés qui ont transporté au Tchad une femme grièvement blessée lundi soir ont expliqué qu'elle avait perdu ses deux jambes lors du bombardement d'un camp de déplacés, a rapporté Mme Pagonis. La blessée est morte peu de temps après. "Nous n'avons aucune confirmation ou d'autres détails du raid présumé, mais les bombardements ont été entendus à Birak", du côté tchadien de la frontière, a-t-elle ajouté.

En visite au Rwanda, le président américain George W. Bush a appelé mardi la communauté internationale à s'impliquer davantage dans la crise du Darfour et à résoudre "une fois pour toutes" ce conflit.