Sauver Le Darfour dans le monde

Pour Pékin, les JO sont une vitrine, pour ses opposants aussi

Afp, 17 Février 2008

La Chine se sert des jeux Olympiques comme d'une formidable vitrine, tout comme ses détracteurs enhardis après leur première victoire née de la décision du cinéaste Steven Spielberg de boycotter l'événement.

Le réalisateur américain a terni l'opération de relations publiques que constitue les JO pour le régime communiste chinois en annonçant qu'il cessait sa collaboration artistique pour les cérémonies d'ouverture et de clôture.

Une décision motivée, a-t-il expliqué, par l'attitude du géant asiatique dans la crise du Darfour.

Pékin a mis du temps à réagir, regrettant finalement la décision de Spielberg et appelant à ne pas mélanger sport et politique.

Les opposants et organisations des droits de l'Homme y ont vu, eux, une justification à des pressions supplémentaires.

Le prochain objectif devrait être le parcours de la flamme olympique à l'étranger en avril.

Selon Jill Savitt, directrice de la campagne "Un rêve pour le Darfour", qui dénonce la complaisance de Pékin envers le Soudan, des manifestations sont déjà prévues.

"Nous prendrons pour cible plusieurs étapes de la flamme olympique en organisant des manifestations et nous prévoyons d'être à Pékin durant les Jeux aussi pour manifester", a-t-elle dit à l'AFP.

Le géant asiatique est un partenaire économique majeur du Soudan et ses liens avec Khartoum sont perçus comme un frein aux efforts internationaux pour faire pression sur le gouvernement soudanais. La guerre civile au Darfour et ses conséquences ont fait 200.000 morts et deux millions de déplacés en quatre ans, selon des organisations internationales.

La Chine défend son rôle "positif et constructif" dans la recherche d'une solution pacifique au conflit, en mettant en avant sa contribution économique et financière au service des populations. Tout en dénonçant l'utilisation des JO à des fins politiques.

Une vision que ne partage pas le patineur de vitesse américain Joey Cheek, médaille d'or aux jeux Olympiques d'hiver de Turin, l'un des fondateurs de "Team Darfur", un regroupement de quelques 250 athlètes de 42 pays qui dénoncent le soutien de la Chine au Soudan.

"Les pays n'organisent pas seulement les JO pour des raisons sportives, mais aussi comme vitrine de leur pays, de leur peuple, de leur culture et de leur système politique. Dire que ce n'est pas politique n'a aucun sens", affirme Cheek.

Les athlètes qui appartiennent au "Team Darfur" s'entraînent dans des survêtements rouge, vert et noir et souhaitent profiter des JO pour faire passer leur message. Un casse-tête supplémentaire pour les autorités chinoises.

Les défenseurs du Tibet et du Dalaï lama, le leader spirituel tibétain en exil, ont également prévu de manifester, Matt Whitticase, porte-parole de "Campagne pour un Tibet libre", estimant que les JO de Pékin seront connus "comme les Jeux de la honte".

L'organe du Parti communiste chinois, Le Quotidien du Peuple, a reconnu récemment que la Chine "faisait face à des accusations en provenance du monde entier", qui pourraient provoquer "des problèmes pour l'organisation et la préparation" des JO.

Après la décision de Spielberg, le Global Times s'en est pris, lui, à l'Occident, accusé d'"utiliser encore une fois des JO pour faire pression sur la Chine". "La majorité des Chinois sont dégoûtés par ce procédé de l'Occident", lançait le journal.

De son côté, le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a estimé que le CIO n'avait pas vocation à "régler tous les problèmes du monde", notamment en matière de droits de l'Homme.