Sauver Le Darfour dans le monde

L'Eufor défendra les civils, affirme le général Ganascia

Reuters, 09 Février 2008

Le contingent européen au Tchad observera ses distances avec le dispositif militaire français Epervier et évitera de prendre partie entre le régime du président Idriss Déby et les rebelles, mais n'hésitera pas à ouvrir le feu sur quiconque menacera les populations civiles, affirme le commandant de l'Eufor sur le terrain, le général français Jean-Philippe Ganascia.

L'Eufor, qui comptera 3.700 militaires de 14 pays européens, doit se déployer dans les semaines à venir dans l'est du Tchad et dans le nord-est de la République centrafricaine pour protéger les populations réfugiées ou déplacées par le conflit dans la province soudanaise voisine du Darfour.

La force européenne placée sous le haut commandement du général irlandais Patrick Nash sera le pendant de la force mixte Onu-Union africaine censée se déployer au Darfour même.

Le déploiement de l'Eufor a été retardé par l'attaque lancée au début du mois par une importante colonne de rebelles tchadiens contre N'Djamena, mais, celle-ci ayant été repoussée par l'armée de Déby, il reprendra dès la semaine prochaine, assure le général Ganascia.

L'Eufor, qui devrait être opérationnelle d'ici à la fin du mois de mars, n'hésitera pas à attaquer quiconque menace les civils dans l'Est tchadien, prévient son chef opérationnel dans une interview accordée vendredi à Reuters.

"Si j'ai tous les renseignements nécessaires pour savoir que les gens que j'ai en face de moi vont attaquer quelqu'un, je les attaquerai. Je ne vais pas attendre qu'ils attaquent si je peux attaquer le premier", confie le général Ganascia.

Mais il exclut de bloquer l'avance d'une colonne rebelle comme celle qui a traversé la semaine dernière le pays d'est en ouest pour attaquer la capitale, à moins d'être en situation de légitime défense, que la vie de civils soit en danger ou que des ONG soient attaquées.

"AUCUN POINT COMMUN ENTRE EUFOR ET ÉPERVIER"

Ganascia a précisé que l'Eufor entreprendrait de sécuriser l'axe reliant son QG d'Abéché, dans l'est du Tchad, à N'Djamena, où elle a commencé à installer des bureaux mobiles sur le terrain prévu pour construire la nouvelle prison de la capitale.

Le président Idriss Déby a souhaité jeudi le déploiement rapide de l'Eufor, qui sera composée à 55% de militaires français sans liens avec les quelque 1.200 hommes qui composent le dispositif Epervier relevant d'accords bilatéraux de coopération militaire entre le Tchad et le France.

La coexistence des militaires français de l'Eufor et de l'opération Epervier pose des questions sur la neutralité de la mission européenne et certains dirigeants rebelles ont menacé, sans remettre en question la mission de l'Eufor, de s'en prendre aux troupes européennes si elles se trouvaient sur leur chemin.

Le général Ganascia, qui rendra compte de son action sur le terrain directement au général Nash, basé en France, assure toutefois qu'il ne saurait y avoir de confusion entre les deux opérations.

"Je n'ai à faire aucun compte rendu secret au gouvernement français", assure l'officier, qui dit avoir volontairement évité tout contact avec les troupes du dispositif Epervier durant les combats de la semaine dernière. "Il n'y a aucun point commun entre leur mission et la nôtre."

L'attaque de N'Djamena ainsi que la confusion momentanée et les destructions auxquelles elle a donné lieu ont entraîné un retard de trois semaine dans le planning du déploiement de l'Eufor.

Celle-ci aura la charge de sécuriser avec ses 3.700 hommes une zone grande comme 26 fois le Kosovo, où l'opération de maintien de la paix européenne avait déployé davantage de troupes. Les réticences de beaucoup d'Européens à s'engager au Tchad ont fait que l'Eufor n'a pu réunir les quelques 5.000 hommes prévus à l'origine. "Si j'avais pu, j'aurais eu plus d'hommes", regrette le général Ganascia.