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Les rebelles, soutenus par le Soudan, agissent avant l'Eufor

Afp, 04 Février 2008


En lançant une offensive majeure au moment de l'arrivée de la force européenne, les rebelles tchadiens, soutenus par le Soudan, entendent perturber son déploiement avant que les positions ne soient figées, selon des observateurs.

L'envoi de troupes autrichiennes et irlandaises de l'opération Eufor dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, dont le feu vert a été donné lundi par l'Union européenne (UE), a été repoussé en raison de l'avancée rebelle et des combats qui ont éclaté vendredi à 50 km de N'Djamena.

"Trois vols, l'un avec une douzaine de soldats autrichiens, et deux avec une cinquantaine de soldats irlandais et du matériel, ont été annulés en raison de l'instabilité liée aux combats entre troupes gouvernementales et rebelles aux abords de N'Djamena", a déclaré un porte-parole de l'Eufor, le lieutenant-colonel Philippe de Cussac. "Les avions ne partiront pas tant qu'il y aura de l'instabilité", a-t-il ajouté.

Les responsables européens, français et tchadiens font tous la même analyse: cette poussée de fièvre au Tchad est liée au lancement de l'Eufor. Même "neutre", la force "va gêner les desseins des rebelles tchadiens", a estimé le ministre français de la Défense Hervé Morin, jugeant la nouvelle offensive "directement liée" au déploiement européen.

L'Eufor Tchad-RCA doit se déployer d'ici fin mai pour protéger, dans son périmètre d'action, les réfugiés soudanais du Darfour voisin et les déplacés internes tchadiens et centrafricains, soit 450.000 personnes, ainsi que les personnels d'organisations humanitaires et des Nations unies. Elle n'a pas pour mandat de s'interposer entre armée et rebelles.

"Il est possible que par leur simple présence, les 3.700 hommes de l'Eufor rendent la vie des rebelles plus difficile", a estimé un conseiller du président tchadien Idriss Deby Itno. "Les tensions actuelles n'ont pas d'autre objectif que de torpiller l'Eufor", a-t-il ajouté.

Pour les autorités de N'Djamena, cela ne fait aucun doute: c'est Khartoum, parrain traditionnel ces dernières années des rebelles tchadiens, qui a obligé des groupes armés pourtant antagonistes à s'allier, à la mi-décembre 2007, sous peine de les chasser de leurs bases soudanaises. "Les rebelles se sont alliés, et le Soudan les a équipés, alors qu'ils avaient été sérieusement affaiblis par les combats de novembre", note un observateur étranger.

Les intérêts des rebelles et du Soudan sont convergents.

"Les groupes armés ont juré de renverser le président Deby, et Khartoum ne veut pas d'une présence de forces occidentales à ses portes au moment où la pression internationale pour un règlement de la crise du Darfour s'accentue", a noté un diplomate africain en poste dans la région.

Pour un autre observateur étranger, le président soudanais Omar el-Béchir ne verrait pas d'un mauvais oeil la chute de son homologue tchadien, accusé, ainsi que son entourage, de soutenir les rebelles du Darfour. Le Soudan pourrait, dès lors, miser sur le général Mahamat Nouri, ancien ministre tchadien de la Défense et actuel chef rebelle.

Or, une fois que l'Eufor aura atteint sa "capacité opérationnelle initiale", d'ici un mois, les positions risquent de se figer dans l'est du Tchad.