Sauver Le Darfour dans le monde

La force européenne se déploie au Tchad dans l'ombre du Darfour

Le Temps, 02 Février 2008

Assurer la sécurité des 400000 réfugiés soudanais dans l'est du Tchad et le nord de la République centrafricaine (RCA). Empêcher les groupes rebelles infiltrés du Soudan de nuire aux activités humanitaires des Nations unies. Le mandat des 3700 militaires de l'Eufor Tchad, qui commencent ces jours-ci leur déploiement conformément à la résolution 1778 de l'ONU, illustre le type de mission que l'Union européenne entend conduire indépendamment de l'OTAN.

Et même si les Etats membres de l'UE ont dû se faire prier depuis novembre dernier pour allouer les moyens nécessaires, Bruxelles vient de remporter, avec l'approbation officielle de la mission par les Vingt-Sept, un beau succès de politique extérieure. Cherche hélicoptères D'autres problèmes, pourtant, sont à venir. Le premier reste logistique. Mandatée pour une durée d'un an, l'Eufor Tchad va devoir batailler, dans cet immense terrain désertique sans routes carrossables, pour que ses troupes soient le plus mobiles possibles. Une force de réaction rapide est même prévue. Ce qui suppose d'avoir à disposition les moyens de transport aérien adéquats, notamment héliportés.

Or jusqu'à présent, l'effort essentiel est venu de la France, initiatrice de l'opération et déjà présente au Tchad à travers le dispositif militaire Epervier, conçu pour protéger N'Djamena d'une offensive rebelle.

Seuls quatre hélicoptères français, plus deux polonais, figurent pour l'heure au décompte officiel des forces alors que dix au moins ont été jugés nécessaires lundi par le général irlandais Pat Nash, commandant de l'opération. Le reste proviendra sans doute de pays tiers dont l'Ukraine et la Russie. La concurrence «aérienne» entre les opérations militaires en Afghanistan, au Kosovo, au Tchad et surtout au Darfour s'annonce donc très serrée en 2008.

Le second problème est politique et humanitaire. Lorsqu'elle sera complètement déployée, d'ici à la fin mai et avant la saison des pluies, l'Eufor risque de se retrouver sans alter ego au Darfour, de l'autre côté des frontières tchadiennes et centrafricaines. L'ONU, censée piloter une force hybride internationale et africaine pour mettre un terme aux tueries qui ont déjà fait plus de 300000 victimes dans cette partie du Soudan, ne cesse en effet de buter sur les nouvelles exigences du gouvernement de Khartoum, et aussi... sur le peu d'empressement des pays contributeurs de troupes. Or qui dit frontière sécurisée, et aide alimentaire, dit risque d'affluence massive de réfugiés, et donc de déséquilibre régional accru dans une zone déjà déstabilisée par le conflit intersoudanais.

«L'Eufor a été pensée dans le cadre d'un dispositif régional d'assistance. Si elle est seule sur place, elle sera d'autant plus exposée», note un expert. La présence, en son sein, de contingents sans grande expérience africaine comme les Irlandais, les Roumains, les Suédois, les Autrichiens ou les Finlandais rend la mission vulnérable aux aléas politiques. D'autant que du côté des humanitaires non gouvernementaux, déjà pris par les rebelles et les bandits, l'inquiétude monte: «Que les militaires de l'Eufor se mettent à forer des puits ou à distribuer l'aide et la confusion sera totale», a déploré un porte-parole d'Action contre la faim.