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Le Tchad reconnaît avoir bombardé des rebelles au Soudan

Afp, 09 Janvier 2008

Après les menaces, le Tchad est passé aux actes et reconnaît désormais avoir bombardé ces derniers jours, au Soudan, des positions des rebelles hostiles au président Idriss Deby Itno, aggravant la crise larvée entre les deux pays.

Jusqu'ici, Khartoum, qui se dit prêt à faire face à toute "agression" armée de la part de son voisin, s'est limité à dénoncer ces frappes aériennes, notamment auprès du Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais les relations déjà tumultueuses entre les deux pays semblent se détériorer de jour en jour. Quand ce n'est pas un acte militaire, c'est l'escalade verbale qui assombrit les perspectives de paix dans cette région déjà lourdement endeuillée par la guerre civile au Darfour, dans l'ouest du Soudan limitrophe du Tchad.

Deux hélicoptères et un avion léger tchadiens ont visé dimanche et lundi, d'après des sources militaires tchadiennes, des positions de rebelles tchadiens au Darfour. Interrogé mardi sur ces attaques, le porte-parole du gouvernement de N'Djamena a répondu: "Comme ils (les rebelles) viennent du Soudan ce n'est pas surprenant qu'on les frappe là d'où ils sortent".

Hourmadji Moussa Doumgor n'en a pas dit davantage sur ces frappes.

"Nous sommes en état d'alerte (...) et notre aviation surveille la frontière de part et d'autre pour parer à toute éventualité", s'est-il borné à ajouter, assurant que si le Soudan accepte de "désarmer" les rebelles, "aucune action militaire ne sera menée".

Sans revenir sur ces bombardements, le gouvernement tchadien prévient par ailleurs dans un communiqué qu'il "se réserve le droit (...) de riposter à toute attaque d'où qu'elle vienne", et qu'il pourrait "user de son droit légitime de poursuite pour mettre définitivement hors d'état de nuire" les rebelles.

Les autorités de N'Djamena accusent une fois de plus Khartoum "d'armer et d'entretenir" sur son sol des rebelles tchadiens qui, selon elles, "se préparent activement à de nouvelles agressions contre le Tchad à partir des aéroports civil et militaire d'el-Geneina", capitale de l'ouest du Darfour à quelque 30 km de la frontière tchadienne.

"Ces mercenaires étant intégrés dans les forces armées nationales soudanaises, le gouvernement tchadien considère désormais toute attaque en provenance du Soudan comme étant une attaque de l'armée soudanaise", met-il encore en garde.

Ces menaces font écho à celles du président Deby. Samedi, il avait promis de pourchasser et frapper au Soudan les rebelles qui ont juré sa perte, et qui ont formé une alliance à la mi-décembre juste après avoir essuyé de lourdes pertes dans des combats d'une rare intensité face à l'armée tchadienne.

"Nous allons les détruire dans leur nid à l'intérieur du Soudan", avait-il affirmé, dénonçant un "plan de déstabilisation du Tchad" ourdi selon lui par Khartoum.

Ces dernières années, le Tchad et le Soudan se sont accusés mutuellement d'abriter et soutenir des rébellions hostiles à leurs régimes respectifs. Cette crise larvée a été ponctuée de coups d'éclats - N'Djamena a rompu ses relations avec Khartoum en 2006 - et de réconciliations éphémères.

Mais ce regain de tension intervient alors que l'Union européenne (UE) tente, malgré les réticences de certains membres, d'envoyer une force militaire dans l'est du Tchad, et que la nouvelle mission afro-onusienne au Darfour (Minuad) peine à surmonter les obstacles qui empêchent son bon déploiement.

Lundi, le chef de la Minuad Rodolphe Adada avait appelé les deux voisins "à la retenue" et "au dialogue", s'inquiétant des conséquences des derniers événements sur le déploiement de sa force.