Sauver Le Darfour dans le monde

Des risques sérieux d'embrasement

Courrier International, 09 Janvier 2008

Au-delà du problème des réfugiés du Darfour installés dans l'est du Tchad, qui affecte la stabilité de la région, une guerre entre les deux pays n'est plus à exclure. Le quotidien burkinabé Le Pays explique pourquoi.

Comment parvenir à sécuriser les frontières tchadiennes quand le territoire soudanais sert de base arrière aux groupes rebelles tchadiens ? Le président Idriss Déby Itno a trouvé la parade en allant attaquer les rebelles là où ils se trouvent. De fait, l'homme fort de N'Djamena vient de mettre ses menaces à exécution en faisant bombarder des positions rebelles près de Geneina, la capitale de la province soudanaise du Darfour occidental.

Avait-il encore le choix, après les avertissements donnés à Khartoum ? Toujours est-il que c'est l'intégrité du territoire soudanais qui vient d'être violée à la suite du récent bombardement. Il faut à présent craindre un embrasement de la région si, d'aventure, le Soudan contre-attaquait. Car autant le pouvoir tchadien a toujours accusé Khartoum de vouloir le déstabiliser, autant les autorités soudanaises n'ont jamais eu de doute sur l'extraordinaire capacité de nuisance du pouvoir de N'Djamena à la frontière soudanaise.

Dans tous les cas, le Tchad ferait l'économie de l'instabilité chronique qui le ronge si Déby acceptait, pour une fois, de se comporter en véritable démocrate, en président pas accroché à tout prix au pouvoir. De plus, le pays de François Tombalbaye, le père de l'indépendance tchadienne, s'épargnerait ces violences à répétition si la culture du fusil n'y était pas aussi ancrée. En tout état de cause, la situation que vivent le Tchad et le Soudan est dangereusement entretenue par l'immixtion de puissances étrangères dans l'un et l'autre pays, sur fond d'intérêts multiformes.