Sauver Le Darfour dans le monde

Au Tchad, le ministre français de la Défense face à la détresse des réfugiés

Afp, 01 Janvier 2008

Abdraman Akaban Abdraman ne dissimule pas son impatience: "Nous appelons les Nations unies et l'Union européenne à intervenir très rapidement à la frontière soudano-tchadienne et à rétablir une paix totale au Soudan".

Ce responsable communautaire s'exprime au nom de 15.350 réfugiés soudanais du Darfour. Depuis quatre ans, ces réfugiés survivent sous perfusion des ONG dans le camp de Djabal, au sud-est du Tchad et à 80 kilomètres de la frontière avec le Soudan.

Lors d'une visite éclair dans ce camp devenu un véritable village de cases avec ses trois écoles primaires, son hôpital et sa maternité, le ministre français de la Défense Hervé Morin a exhorté les réfugiés à faire preuve "d'encore un peu de patience même si toute cette période peut leur apparaître terriblement longue".

Pour autant, M. Morin a laissé poindre sa propre impatience devant le peu d'empressement d'un certain nombre de partenaires européens de la France à constituer l'Eufor Tchad-RCA, une force de 3.000 à 4.000 soldats qui doit être déployée dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.

"Si l'on veut donner un sens à ce que représente la volonté européenne de construire une Afrique en paix, on doit être en mesure d'assurer une force européenne de 3.500 hommes", s'est-il indigné, avant de prévenir: "La France ne se substituera pas à toutes les faiblesses et les défaillances européennes".

Appelée à assurer la sécurité de quelque 234.000 réfugiés soudanais du Darfour voisin, 178.000 Tchadiens déplacés et 43.000 Centrafricains, l'Eufor Tchad-RCA devait entamer son déploiement dès la mi-novembre. Mais ce déploiement se heurte aux difficultés rencontrées par l'Union européenne pour réunir les moyens, aériens, médicaux et logistiques, nécessaires.

Manquent en particulier à l'appel quatre avions et neuf hélicoptères de transport, indispensables dans une région grande comme le tiers de la France.

Loin de Bruxelles et de ces tractations, les réfugiés du camp de Djabal fondent de grands espoirs dans cette opération.

"Nous avons quitté le Darfour il y a quatre ans pour fuir les djandjawids, ces milices arabes armées par le gouvernement de Khartoum qui brûlaient nos villages, violaient nos femmes et tuaient nos enfants", affirme Abdraman Akaban Abdraman qui souhaite "la bienvenue aux forces européennes".

Combien de temps encore les réfugiés du Darfour devront-ils patienter dans leurs camps d'infortune? "Si on voit apparaître les premiers mouvements de population à la fin de l'année 2008, on estimera qu'une partie du chemin aura été fait", répond Hervé Morin.

Dans l'immédiat, a indiqué le ministre à la sortie d'un entretien avec le président tchadien Idriss Deby Itno, rencontré dans la soirée à Abéché (est), une cinquième "conférence de génération de force" doit avoir lieu le 11 janvier à Bruxelles pour tenter de réunir les effectifs et les moyens nécessaires au déploiement de l'Eufor Tchad-RCA.

Dans la soirée, M. Morin devait perpétuer une tradition à laquelle son prédécesseur, Michèle Alliot-Marie, n'avait jamais dérogé, en participant au réveillon de la Saint Sylvestre avec un détachement de soldats français déployé à Abéché.