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Soudan: attaque rebelle contre un site pétrolier chinois, l'armée minimise

Afp, 12 Décembre 2007


Un important groupe rebelle du Darfour a affirmé avoir attaqué mardi un gisement pétrolier exploité par une firme chinoise dans le centre du Soudan, mais l'armée a parlé d'une tentative d'assaut qui a échoué.

"Nous avons attaqué à 06H00 (03H00 GMT) le gisement pétrolier de Rahaw (sud du Kordofan) et pris contrôle de l'installation", a indiqué un commandant du Mouvement pour la justice et l'églité (JEM), Abdel Aziz Nur al-Asher, disant que son groupe voulait forcer les firmes chinoises à quitter le Soudan.

"Le site de Rahaw est situé au nord-ouest de celui de Hajlil, que nous avions attaqué le 23 octobre et la nouvelle attaque vient confirmer notre intention de dire aux compagnies chinoises de quitter le pays", a-t-il dit, joint au téléphone par l'AFP.

"Aucun civil n'a été tué ou blessé dans l'attaque dont l'horaire a été étudié pour éviter des pertes civiles", selon lui. "Nous avons neutralisé la force de protection composée de trois bataillons et détruit les installations, ce qui a arrêté la production".

Mais un porte-parole de l'armée soudanaise a affirmé qu'une vingtaine de rebelles avaient tenté d'attaquer un camp militaire proche du gisement, avaient dérobé un véhicule d'une firme chinoise et pris la fuite lorsque ce véhicule a heurté l'enceinte de l'installation pétrolière.

"Aucun site pétrolier n'est sous le contrôle du JEM et la sécurité des sites est assurée", a ajouté le porte-parole, cité par l'agence officielle Suna.

Pékin, premier client du pétrole soudanais, a été accusé d'empêcher le vote de sanctions internationales contre Khartoum dans le conflit du Darfour, une région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis 2003 et limitrophe du Kordofan.

Le JEM avait également menacé d'attaquer des Casques bleus chinois au Darfour venus y préparer le déploiement d'une force ONU-Union africaine.

Le 23 octobre, le JEM avait enlevé cinq employés du secteur pétrolier, dont un ingénieur égyptien et un autre irakien, qu'il avait ensuite libérés. Il avait affirmé vouloir pousser ainsi les firmes chinoises à partir.

Le site attaqué à cette date est géré par la GNPOC, un consortium incluant l'ONGC indienne, le Chinois CNPC, le Malaisien Petronas et le Soudanais Sudapet, qui assure plus de la moitié des quelque 500.000 barils par jour produits au Soudan, dont la plupart sont exportés en Chine.

Selon le JEM, le site de Rahaw produit 35.000 barils par jour et est géré par la compagnie chinoise Great Wall (la Grande Muraille).

Il a déploré dans l'attaque deux morts parmi les combattants du JEM et évoqué de "nombreux morts et blessés" parmi les membres de la force de protection gouvernementale.

"Nous avons saisi des véhicules, des pièces d'artillerie et nous contrôlons totalement l'installation", a affirmé M. Asher. "Nous continuerons à attaquer (les firmes chinoises). Notre objectif est que les revenus du pétrole reviennent au peuple soudanais et c'est là un plan stratégique de notre mouvement".

Le JEM est un mouvement qui n'a pas participé, comme d'autres groupes rebelles du Darfour, aux négociations de paix parrainées par l'ONU et l'Union africaine fin octobre en Libye.

Le conflit du Darfour et ses conséquences ont fait quelque 200.000 morts, selon des organisations internationales et 2,2 millions de déplacés. Khartoum conteste le chiffre des victimes parlant de 9.000 morts.