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Passe d'armes entre Kadhafi et l'Elysée sur les droits de l'Homme et le Darfour

20 Minutes, 11 Décembre 2007

Mouammar Kadhafi et l'Elysée se sont livrés mardi, au deuxième jour de la visite controversée du "guide" libyen en France, à une passe d'armes sur deux sujets hautement sensibles, les droits de l'Homme et le conflit du Darfour.

Le dirigeant libyen a jeté un pavé dans la mare en assurant que la question des droits de l'Homme n'avait pas été évoquée lors de ses entretiens avec le président Nicolas Sarkozy, dans une interview à France 2 dont un extrait a été diffusé à la mi-journée.

Lundi soir à l'Elysée, le chef de l'Etat français avait assuré avoir abordé avec son invité les droits de l'Homme, question au coeur de la polémique sur la visite en France du "Guide" libyen.

Interrogé sur le fait que M. Sarkozy avait assuré à la presse lui avoir demandé de "progresser sur le sujet des droits de l'Homme", Mouammar Kadhafi a répondu: "Tout d'abord nous n'avons pas évoqué, moi et le président Sarkozy, ces sujets".

"Nous sommes des amis assez proches, nous coopérons", a-t-il ajouté, selon la traduction de la chaîne.

Réplique immédiate de l'Elysée aux affirmations du colonel libyen: "Le président Sarkozy a parlé des droits de l'Homme à Mouammar Kadhafi, à deux reprises, lors de leur entretien puis du dîner" à l'Elysée lundi, a assuré à l'AFP Claude Guéant, secrétaire général de la présidence.

Soulignant en avoir été "le témoin", il a indiqué que "Nicolas Sarkozy a évoqué le fonctionnement démocratique et les libertés individuelles en Libye" devant le dirigeant libyen. "Il lui a dit qu'il considérait que des progrès avaient été faits, mais qu'il fallait encore progresser".

Autre motif de friction, le conflit qui fait rage au Darfour et le déploiement dans cette province soudanaise et au Tchad voisin de forces internationales.

Lors d'une réception à l'Assemblée, Mouammar Kadhafi a en effet critiqué "l'internationalisation du conflit du Darfour".

"Si nous laissons les habitants du Darfour se débrouiller eux-mêmes, la crise du Darfour se terminera d'elle-même", a-t-il jugé, selon des propos traduits par un interprète.

Evoquant l'aide humanitaire internationale, dont il a assuré qu'il avait facilité l'acheminement en ouvrant ses frontières, il a estimé que "les pauvres souhaitent que la guerre se poursuive pour que l'aide humanitaire se poursuive".

Sur ce sujet aussi, la réplique élyséenne ne s'est pas fait attendre.

Concernant les réfugiés du Darfour, "la solution ne peut qu'être internationale", a expliqué M. Guéant. "Il faut bien les aider".

Mais concernant la résolution de la crise elle-même, "il n'y a guère qu'en interne qu'on trouvera une solution", a affirmé le principal collaborateur de Nicolas Sarkozy.

Cette querelle intervient alors qu'une force mixte ONU-Union Africaine de 26.000 hommes doit remplacer début janvier la force africaine de 7.000 éléments actuellement à l'oeuvre au Darfour. Les Nations unies accusent Khartoum d'entraver le déploiement de cette force mixte.

Par ailleurs le déploiement d'une force militaire de l'Union européenne (Eufor), forte de 3.500 hommes et à composante principalement française, est prévu dans l'est du Tchad, frontalier du Darfour.

Une consolation cependant pour Paris: Mouammar Kadhafi a exprimé son "enthousiasme" pour le projet d'Union méditerranéenne lancé par son "cher ami, Nicolas Sarkozy".

Les deux hommes auront peut-être l'occasion d'accorder leurs violons au cours d'une nouvelle rencontre prévue mercredi après-midi à l'Elysée.