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La situation au Darfour a encore empiré

La Grande Epoque, 06 Décembre 2007

«Je pense que la situation est probablement pire aujourd'hui qu'il y a huit mois», admet un responsable de l'ONU en visite dans un camp de réfugiés du Darfour, alors que le déploiement d'une force ONU-Union africaine se heurte à de gros obstacles.

John Holmes, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, avait effectué à la fin de mars dernier une première visite dans cette région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile depuis 2003.

«Il y a plus de combats, plus d'instabilité et plus de personnes déplacées», explique-t-il à l'issue d'une visite dans le camp d'El-Neem, dans le sud du Darfour, le 30 novembre dernier.

El-Neem, un camp poussiéreux situé près de la ville d'Ed-Daien, illustre ce regain de tension, avec une population passée de 15 000 personnes à près de 50 000 en un an.

Durant sa visite, M. Holmes s'est entretenu avec des responsables du camp des difficultés auxquelles ils font face et notamment des cas de viols dont sont victimes certaines femmes.

«Nous avons perdu nos maris, nos enfants, tout ce que nous possédons», lui a expliqué une réfugiée, Mabulassain, aidée par un interprète. «Notre liberté est très limitée. Si nous sortons pour aller chercher du bois pour faire du feu, nous risquons de nous faire violer ou d'autres difficultés.»

«La situation humanitaire s'est quelque peu détériorée, peut-être pas de façon dramatique, mais en termes d'accès et de sécurité, les choses sont plus difficiles», estime John Holmes.

«Il y a encore de très gros problèmes presque partout au Darfour. Il y a peut-être des endroits où c'est un peu plus tranquille mais, pour le moment, il semble que nous voyons plus de problèmes ces derniers mois qu'avant», note le responsable onusien.

Arrivé le 28 novembre au Soudan dans le cadre d'une tournée régionale en Afrique de l'Est, il affirme par ailleurs que l'ONU continuera à exercer des pressions sur le gouvernement soudanais pour qu'il fournisse le plus grand accès et la meilleure sécurité possible aux travailleurs humanitaires.

«L'un des plus grands problèmes dans la région est l'insécurité pour les ONG et les agences, notamment les vols de véhicules avec violence. Il s'en produit pratiquement tous les jours et cela a d'importantes conséquences sur la capacité à travailler des agences», selon lui.

Il espère également que la force hybride des Nations Unies/Union africaine forte de plus de 26 000 hommes, appelée à prendre le relais d'une force africaine de 7000 soldats mal équipée et sous-financée, aidera les habitants.

Mais, précise-t-il, «cela ne résoudra pas tous les problèmes. Il n'y aura pas de miracle, mais nous espérons que [la force] sera utile».

Les Nations Unies se sont récemment inquiétées d'un possible retard du déploiement de cette force, prévu à la fin de décembre.

Le 29 novembre, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était dit «déçu» par les atermoiements du gouvernement soudanais qui retardent le déploiement de cette force, selon lui.

Parmi les questions à régler, M. Ban avait cité la conclusion avec Khartoum d'un accord sur le statut des futurs soldats de la paix, l'acceptation de la composition de la force et l'octroi de droits d'acquisition de terrains et d'autorisations de vol, y compris de nuit, pour ses hélicoptères.

Le conflit au Darfour a fait environ 200 000 morts et 2,2 millions de personnes déplacées, selon l'ONU, des chiffres que ne reconnaît pas Khartoum.

Des pourparlers de paix intersoudanais, entamés le 27 octobre à Syrte (Libye), sont au point mort après avoir été boycottés par plusieurs groupes rebelles du Darfour en raison de l'insécurité persistante dans la province.