Sauver Le Darfour dans le monde

Le sommet UE-Afrique appelé à agir sur le Darfour et Mugabe

Reuters, 07 Décembre 2007

Dirigeants européens et africains, réunis samedi et dimanche à Lisbonne pour la première fois depuis sept ans, devront tenter de répondre aux inquiétudes sur la crise au Darfour et la situation des droits de l'homme au Zimbabwe.

Des députés européens et africains ont averti vendredi les 73 dirigeants qui seront présents dans la capitale portugaise qu'une absence de débats sur la crise du Darfour reviendrait à ignorer les milliers de civils qui se trouvent dans une situation désespérée après plus de quatre ans de guerre.



Les 40 députés à l'origine de cet appel ont été rejoints par 50 associations de droits de l'homme européennes et africaines. Dans une autre lettre, ces dernières affirment que l'inaction à propos de cette région soudanaise équivaudrait à "tourner le dos aux habitants du Darfour".

"Des députés, des militants et des défenseurs des droits de l'homme posent tous la même question: comment nos dirigeants peuvent-ils ignorer l'une des pires crises mondiales ?", a demandé Glenys Kinnock, députée européenne.

"Ceci d'autant plus que le président (soudanais Omar Hassan al) Bachir, l'homme responsable de la majeure partie de ces souffrances, sera parmi eux", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Les militants des droits de l'homme ont également critiqué l'UE pour avoir autorisé la venue du président zimbabwéen Robert Mugabe.

Ce dernier, accusé en Occident de fraude électorale et de répression, est considéré par plusieurs chefs d'Etat africains comme un héros de l'indépendance.

Plusieurs d'entre eux ont prévenu qu'ils ne participeraient pas à la réunion si Mugabe n'était pas invité.

BOYCOTT BRITANNIQUE

L'interdiction de séjour en Europe qui frappe le président du Zimbabwe a été suspendue le temps de la réunion, lui permettant de se rendre en Europe pour la première fois depuis 2001.

La présence de Mugabe a conduit le Premier ministre britannique Gordon Brown à boycotter le sommet.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a déclaré vendredi à la BBC qu'il aurait été "absurde" de s'asseoir à côté de Mugabe "lors d'une discussion sur la bonne gouvernance et les droits de l'homme, en faisant comme si le Zimbabwe n'était pas en situation de chaos total".

Reed Brody, avocat de l'ONG Human Rights Watch, a estimé que si Mugabe participait au sommet au même titre que n'importe quel autre dirigeant, il en sortirait vainqueur.

"Mais si les dirigeants africains et européens le poussent à se pencher sur les droits de l'homme, alors peut-être aurons-nous accompli quelque chose."

Le maintien de la paix, l'immigration, les droits de l'homme, l'énergie, le commerce et le développement figureront au menu de la réunion, mais le programme n'évoque pas de sujets particuliers. Selon un diplomate portugais, les participants pourront aborder n'importe quel sujet.

"Il n'y a pas de sujets tabous", a-t-il assuré.

Dans leur lettre, les députés se disent "surpris et déçus" que le conflit du Darfour n'ait pas été explicitement mis au programme.

"La question au sujet du sommet est: vont-ils s'engager à une action commune et quand même laisser mourir les habitants du Darfour et de Somalie ? Vont-ils se serrer la main en promettant de combattre la corruption alors que les banques européennes accumulent l'argent mal acquis des dictateurs africains ?", s'est interrogé Brody.