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Sommet-UE-Afrique: l'absence du Darfour et du Zimbabwe à l'agenda fait désordre

Ap, 04 Décembre 2007

A l'approche du sommet UE-Afrique, ce week-end à Lisbonne, des écrivains européens et africains de renommée internationale, dont plusieurs prix Nobel de littérature, ont fait entendre leur voix mardi pour protester contre l'absence du Darfour et du Zimbabwe au menu des discussions.

Le sommet des 8 et 9 décembre, premier du genre depuis sept ans, doit être l'occasion de traiter de questions comme la gouvernance et les droits humains, la paix et la sécurité, les migrations ou encore le changement climatique, autant de thèmes qui seront débattus entre chefs d'Etat et de gouvernement des deux continents.

Dans une lettre ouverte publiée mardi, plus d'une dizaine d'écrivains dénoncent la "lâcheté politique" de leurs dirigeants, responsables selon eux de l'oubli des crises du Darfour et du Zimbabwe dans le programme de la réunion.

"Nous espérons que nos dirigeants se muniront de ces dossiers avec courage. S'ils ne le font pas, ils nous laisseront dans un profond désarroi", écrivent les signataires, parmi lesquels le Nigérian Wole Soyinka, les Sud-Africains Nadine Gordimer et J.M. Coetzee, l'Allemand Günter Grass, tous quatre lauréats du Nobel de littérature, mais aussi le Tchèque Vaclav Havel, l'Irlandais Roddy Doyle et la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

"Pourquoi devrions-nous écouter les puissants si ces derniers font la sourde oreille devant les cris des opprimés?", s'interrogent-ils, alors qu'une force européenne, l'EUFOR, doit se déployer prochainement pour sécuriser les camps de réfugiés du Darfour dans l'est du Tchad et en République centrafricaine.

Si aucune de ces deux crises africaines ne figure officiellement à l'ordre du jour, un responsable portugais ayant requis l'anonymat a assuré qu'elles seraient évoquées au cours du sommet, dans le cadre des débats sur la paix et la sécurité.

Autre absent du sommet de Lisbonne, Gordon Brown ne participera pas à ces échanges. Le Premier ministre britannique boycotte en effet la réunion pour ne pas y croiser le président zimbabwéen Robert Mugabe, 83 ans, auquel Londres reproche une violente répression politique et la faillite économique de son pays.

Le prédécesseur de M. Brown, Tony Blair, avait déjà boycotté le premier sommet UE-Afrique en 2000 au Caire, du fait de la présence du même Mugabe. En 2003, le deuxième sommet euro-africain de l'histoire prévu à Lisbonne avait dû être annulé, certains pays africains s'élevant contre le refus de l'UE d'inviter le président zimbabwéen.

Madrid a exprimé le voeu que ce dernier ne fasse pas le déplacement de Lisbonne afin de ne pas détourner l'attention sur son cas. "Nous aimerions tous qu'il ne participe pas. C'est la position de l'Espagne", a expliqué le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos.

A Washington, la sous-secrétaire d'Etat en charge des affaires africaines Jendayi Frazer a indiqué lundi que les Etats-Unis désapprouvaient la décision d'inviter Mugabe à ce sommet.

"Mais cela offre une occasion de discuter de la situation des droits de l'Homme au Zimbabwe. J'espère que les dirigeants de l'UE et de l'Union africaine en feront une question centrale dans leurs discussions", a-t-elle souligné.

Un avis partagé par l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, basée aux Etats-Unis, qui a appelé mardi les dirigeants européens et africains à "dépasser le stade des promesses" et à agir concrètement pour "protéger les civils du Darfour et de Somalie, traduire en justice l'ancien dictateur tchadien Hissène Habré et mettre en oeuvre des mesures anti-corruption".

Au-delà de la guerre de communiqués entre Londres et Harare, Mugabe a relancé à sa manière, via la polémique sur sa présence à Lisbonne, le débat sur les blessures laissées en Afrique par les anciennes puissances coloniales. Le président français Nicolas Sarkozy a lui tenté de s'en affranchir en reconnaissant lundi à Alger que "oui, le système colonial a été profondément injuste".