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Soudan: des rebelles du Darfour menacent les Casques bleus chinois

Afp, 26 Novembre 2007

Un important groupe et dix factions rebelles du Darfour ont menacé dimanche d'attaquer des Casques bleus chinois, au lendemain de leur arrivée pour préparer le déploiement d'une force ONU-Union africaine dans cette région de l'ouest du Soudan en guerre civile.

"Notre position est claire, les Chinois ne viennent pas pour la paix et il faut qu'ils repartent immédiatement", a déclaré Abdel Aziz el-Nur Asher, un commandant du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), joint au téléphone depuis Khartoum.

"Sinon, nous considérerons les soldats chinois comme faisant partie des forces du gouvernement et nous agirons en conséquence", a menacé ce commandant qui est l'un des frères du chef du JEM, Khalil Ibrahim.

Une avant-garde de 135 soldats du génie chinois, sur un total de 315 prévu, est arrivée samedi au Darfour, dans la perspective du déploiement, l'an prochain, de la force de paix mixte Nations unies/Union africaine (Unamid).

"La Chine est complice dans le génocide perpétré au Darfour et les Chinois sont ici pour protéger leurs intérêts pétroliers dans le Kordofan", région située à l'est du Darfour, a encore affirmé le chef rebelle.

"La Chine est le plus grand vendeur d'armes au régime soudanais et les armes que nous avions saisies en grande quantité en sont la preuve. Elle soutient Khartoum à l'ONU et sa présence au Darfour peut être considérée comme une tentative de coloniser notre région", a-t-il ajouté.

Selon lui, des consultations sont en cours avec d'autres groupes rebelles, notamment le Mouvement de libération du Soudan, SLM-Unité, pour qu'ils adoptent la même position sur la présence des soldats chinois au Darfour.

Dix autres factions rebelles, réunies à Juba, capitale de la région semi-autonome du Sud-Soudan, ont formulé les mêmes critiques contre la Chine et affirmé que les soldats de ce pays ne devaient pas se considérer comme "immunisés" contre des attaques.

"Envoyer des troupes étrangères sans nous consulter ne peut que compliquer la situation de la sécurité au Darfour", a déclaré Issam al-Haj qui s'exprimait au nom de ces dix factions toutes issues du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A).

Ces factions sont en train de discuter des moyens de s'unir au sein d'un même mouvement.

Le JEM a attaqué le 23 octobre un site pétrolier au Kordofan exploité par un consortium dominé par les Chinois et enlevé cinq employés, dont un Egyptien et un Irakien, avant de les libérer trois semaines plus tard.

Il a indiqué avoir voulu ainsi adresser un avertissement aux firmes travaillant au Soudan, notamment aux sociétés chinoises.

Forte de 26.000 hommes, l'Unamid est censée commencer ses opérations de maintien de la paix au début de l'année prochaine, avec pour mission de mettre un terme à près de cinq années de guerre civile.

Composée essentiellement d'Africains, elle viendra remplacer la force de paix africaine de 7.000 militaires jugée inefficace faute de moyens.

Les militaires chinois doivent construire des routes et des ponts et creuser des puits, a expliqué un porte-parole de l'ONU, précisant qu'ils comptaient également une équipe médicale.

Le conflit au Darfour et ses conséquences ont fait environ 200.000 morts et 2,2 millions de personnes déplacées, selon des organisations internationales. Khartoum affirme qu'il n'y a eu que 9.000 morts.

Pékin, premier client du pétrole soudanais, a été accusé d'empêcher le vote de sanctions internationales contre le gouvernement soudanais.

Khartoum, qui a refusé des soldats népalais, scandinaves ou thaïlandais sur son sol, a en revanche accepté la présence des militaires chinois.