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Darfour : l'International Crisis Group lance un cri d'alarme

Le Monde, 26 Novembre 2007

La situation au Darfour s'est détériorée en 2007, selon un rapport publié lundi 26 novembre par l'International Crisis Group (ICG), situé à Bruxelles, qui appelle l'ONU et l'Union africaine (UA) à changer de stratégie pour ramener la paix dans cette région de l'ouest du Soudan ravagée par la guerre civile."La violence a augmenté, l'accès des organisations humanitaires a été réduit, la mission internationale de maintien de la paix n'est pas encore effective et une solution politique est loin d'être atteinte", résume l'ONG, qui cherche à prévenir les conflits.

Même s'il y a eu moins de morts en 2007 au Darfour, les affrontements se sont multipliés et les parties impliquées dans le conflit qui dure depuis plus de quatre ans ont éclaté en une multitude de groupes, écrit le rapport. Le rapport dénonce la stratégie de l'ONU et de l'UA, "qui n'a pas pu s'adapter à cette nouvelle réalité et doit être révisée". Selon lui, la force hybride ONU-UA (Unamid) de 26 000 hommes, censée remplacer la force africaine de 7 000 éléments qui n'a pas été capable d'établir la paix au Darfour faute de moyens, ne sera pas complètement opérationnelle avant plusieurs mois.

L'ICG insiste sur le fait que l'Unamid "doit tirer les leçons" des expériences précédentes. "Son commandement devra participer activement aux pourparlers de paix", et la communauté internationale devra lui apporter "plus de soutien qu'elle ne l'a fait auparavant", préconise le centre.

ÉCHECS SUCCESSIFS DES ACCORDS DE PAIX

Par ailleurs, il souligne l'échec des négociations de paix de Syrte (Libye). Les principaux mouvements rebelles du Darfour ont boycotté les pourparlers de paix organisés par l'ONU et l'UA à Syrte le 27 octobre, ce qui avait précipité l'échec de ces discussions.
De même, l'accord de paix signé en 2006 par Khartoum et une des factions rebelles du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), a "échoué", selon l'ICG, qui pointe du doigt ses deux signataires. Il accuse d'un côté le Congrès national, le parti du président soudanais Omar Al-Bachir, de mener des "politiques destructrices" au Darfour, ne cherchant qu'"à assurer son succès dans les élections de 2009 et non à mettre fin au conflit".
Ce parti veut "un Darfour dans le chaos pour empêcher l'émergence d'une opposition". Il continue d'"installer ses alliés dans des parties vidées de leurs populations au Darfour et de défier le Conseil de sécurité en intégrant les janjawids [miliciens arabes progouvernementaux] dans les structures de sécurité au lieu de les désarmer", ajoute le rapport. Quant au SLM, seul mouvement signataire de la paix avec Khartoum, ses membres "ont été responsables d'attaques contre des civils, des humanitaires, la mission africaine (Amis) et des déplacés", selon l'ICG.

Enfin, le centre d'études note que les non-signataires de l'accord de 2006 se sont divisés en une multitude de groupes. Face à cette situation de plus en plus complexe, l'ICG recommande d'élargir la participation au processus de paix, notamment à certaines tribus arabes, alors que la violence risque de s'étendre au Kordofan, région située à l'est du Darfour.
Le conflit au Darfour a fait 200 000 morts depuis février 2003, un chiffre que conteste Khartoum, qui parle de 9 000 morts.