Le Soudan a enfreint sa responsabilité de protéger, affirme la mission du Conseil des droits de l'homme

Onu

Centre De Nouvelles De L'onu, 12 Mars 2007

La mission de haut niveau du Conseil des droits de l'homme sur la situation au Darfour a rendu aujourd'hui son rapport à l'ouverture de la quatrième session du Conseil à Genève, soulignant qu'en dépit de sa responsabilité de protéger, le gouvernement soudanais avait agi « de concert » avec les milices janjawids responsables des massacres et des déplacements de population.

Incapable de se rendre au Darfour ou même au Soudan, malgré des demandes répétées tendant à obtenir des visas, la mission s'est rendue au siège de l'Union africaine à Addis Abeba ainsi que sur le terrain au Tchad (dépêche du 14.02.07 et dépêche du 15.02.07).

« Avec l'émergence de la rébellion armée dans la région du Darfour et le recrutement par le gouvernement de milices servant d'intermédiaires pour y répondre, ce sont les civils qui sont devenus les principales cibles et victimes », conclut la mission présidée par Jody Williams, lauréate du Prix Nobel de la Paix en 1997.

« Les forces gouvernementales ont souvent agi de concert avec les janjawids et les milices, notamment pour commettre des violations des droits de l'homme. Les mouvements rebelles ont aussi commis de telles violations. Par ailleurs, les attaques armées et les activités criminelles se sont accrues de manière significative », souligne le rapport.

La mission déplore que « les nombreux efforts de la communauté internationale n'aient pas réussi à mettre fin au conflit ».

« Aujourd'hui, des millions de personnes sont déplacées, au moins 200.000 sont mortes et le conflit et les violations des droits de l'homme s'étendent au Tchad ». Pire encore, l'espace accordé aux interventions humanitaires continue de se réduire, souligne la mission.

Notant que le Soudan a accepté la responsabilité de protéger, consacrée au rang de principe de droit international lors du Sommet mondial de 2005, le rapport souligne que « les mécanismes judiciaires et de justice existants sont sous-financés, politiquement compromis et inefficaces ».

La Cour pénale internationale (CPI), qui a été saisie du dossier des crimes contre l'humanité commis au Darfour, a souligné elle-aussi récemment qu'elle était bien compétente pour juger les auteurs de ces crimes parce que le Soudan n'était pas en mesure de les juger lui-même.

Le Procureur de la CPI a notamment présenté, le 27 février, des éléments de preuve qui indiquent qu'Ahmad Muhammad Harun, ancien Ministre délégué chargé de l'Intérieur au gouvernement soudanais, et Ali Kushayb, dirigeant des Milices/Janjaouid, ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour. (dépêche du 27.02.07).

La mission du Conseil des droits de l'homme recommande en conclusion d'améliorer la protection des populations, de faire avancer les négociations de paix et d'améliorer l'accès des travailleurs humanitaires.

Elle suggère aussi de juger les auteurs de violations des droits de l'homme, d'établir des programmes pour remédier aux causes fondamentales du conflit, dont les causes économiques, de mettre en oeuvre les recommandations des mécanismes de protection des droits et d'offrir une compensation aux victimes.

Le président soudanais Omar El-Béchir a répondu vendredi à une lettre de l'ONU et de l'Union africaine (UA) en date du 24 janvier concernant le déploiement d'un contingent important de casques bleus au soutien des forces africaines au Darfour.

Les plans de l'ONU et de l'UA prévoyant le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain n'ont toujours pas reçu le feu vert du gouvernement soudanais (dépêche du 9.03.07).

La porte-parole du Secrétaire général, Michèle Montas, a annoncé lors de son point de presse aujourd'hui que Ban Ki-moon s'était entretenu ce week-end avec le président Béchir du Soudan.

« Le président soudanais a invité le Secrétaire général à visiter le Darfour. Ban Ki-moon a accepté cette invitation dans son principe », a précisé la porte-parole en réponse à une question.