L'UA confrontée à l'impossibilité de gérer autant de missions de paix qu'en exige le continent noir

Redaction

Nouvel Observateur, 27 Janvier 2007

La Somalie, et la nécessité d'y déployer au plus vite une force d'interposition, ainsi que la guerre au Darfour, sont les dossiers les plus urgents du sommet de l'Union africaine lundi et mardi à Addis Abeba. Mais l'organisation panafricaine sera surtout confrontée à son impuissance face aux incessants conflits du continent.

Car faute de moyens, l'UA peine à influer sur le cours des événements: "Il faut être réaliste, la Commission de l'UA n'a pas en l'état les moyens de gérer deux missions de maintien de la paix" en même temps, au Darfour et en Somalie, reconnaissait récemment son commissaire à la paix et à la sécurité, l'Algérien Saïd Djinnit.

"Le manque de capacités financières, logistiques et institutionnelles, reste le principal obstacle à la résolution des conflits par l'UA, notamment par le déploiement de forces de paix", notait-il.

Le gros dossier de ce 8e sommet ordinaire est la Somalie, où la puissante armée de l'Ethiopie, pays-hôte, est intervenue en décembre pour une guerre-éclair qui a chassé du pouvoir les extrémistes islamistes. Les Etats-Unis y sont en outre intervenus directement pour des raids contre des membres présumés d'Al-Qaïda.

La Somalie a été abandonnée à elle-même et à l'anarchie des seigneurs de la guerre pendant 16 ans. Aujourd'hui, à l'heure où l'Ethiopie entame son retrait, le vulnérable gouvernement de transition craint de ne pouvoir asseoir son autorité sans l'aide d'une force internationale.

L'UA a recommandé d'y déployer environ 8.000 soldats pour six mois, l'ONU prenant ensuite le relais le cas échéant. Mais les Etats-membres rechignent à envoyer des troupes: à ce jour, seuls l'Ouganda, le Malawi et le Nigéria ont offert d'y participer.

L'Afrique du Sud n'exclut pas un soutien par "d'autres moyens": ses capacités de projection à l'extérieur sont déjà à leur maximum, Pretoria ayant quelque 3.000 soldats dans des missions de maintien de la paix africaines. Autre raison de la réticence générale, la crainte de s'impliquer dans un pays aussi explosif que la Somalie, où les dernières missions internationales se sont achevées en catastrophe dans les années 1990.

Le sommet d'Addis Abeba devrait donc servir à entendre d'autres propositions de contributions, Mogadiscio espérant que les choses avancent, et qu'une date soit décidée pour le début d'un déploiement présenté il y a quelques semaines comme imminent... La communauté internationale a elle promis 40 millions de dollars (30 millions d'euros) pour la Somalie.

Autre dossier chaud, le Soudan. Et ce alors que la présidence tournante de l'organisation devrait lui revenir, après une année d'"intérim" assuré par le Congolais Denis Sassou N'Guesso, pour cause de Darfour. Mais depuis un an, rien n'a changé dans l'ouest du Soudan et la présidence de l'UA échappera sans doute à nouveau au maître de Khartoum Omar el-Béchir.

L'ONU insiste pour que la force d'interposition africaine au Darfour, qui compte 7.000 hommes, soit remplacée par une mission onusienne de 20.000 hommes. Mais El-Béchir s'y refuse, et la guerre, qui en trois ans a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés, a repris en force et s'exporte désormais régionalement, aggravant les rébellions au Tchad et en Centrafrique.

"Pendant l'année écoulée, Khartoum a refusé tout effort véritable pour modifier sa politique d'abus au Darfour", juge Peter Takirambudde, directeur pour l'Afrique de Human Rights Watch: "confier la présidence au Soudan ne ferait pas que récompenser ceux qui sponsorisent les crimes contre l'humanité au Darfour, mais discréditerait aussi l'UA irrémédiablement".

Le mandat congolais à la tête de l'UA sera donc prolongé de six mois, ou confié au Gabon. Doit aussi être désigné le prochain président de la commission de l'Union africaine, le mandat de quatre ans de l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré s'achevant en juillet. Le Mozambicain Joachim Chissano est donné favori.

Addis Abeba recevra enfin des invités de marque: le nouveau secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le président du Conseil italien Romano Prodi, le commissaire européen au développement Louis Michel et Jendayi Frazier, secrétaire d'Etat adjointe américaine chargée de l'Afrique.