Le conflit au Darfour divise le Conseil des droits de l'homme

Agathe Duparc

Le Monde, 13 Décembre 2006

Le Conseil des droits de l'homme, réuni mardi 12 décembre en session spéciale à Genève, a affiché de profondes divergences sur le conflit du Darfour, qui a fait plus de 200 000 morts depuis 2003. Le matin, le secrétaire général, Kofi Annan, avait pourtant exhorté les 47 pays membres à faire cesser le "cauchemar" en envoyant sur place "une équipe d'experts indépendants".

Louise Arbour, la Haut-commissaire aux droits de l'homme, soulignait qu'au cours des six dernières semaines, les attaques par les forces armées soudanaises et les groupes armés avaient tué des centaines de civils et déplacé 80 000 personnes, alors que les viols de femmes se poursuivaient. Mme Arbour pointait la responsabilité de Khartoum : les "bombardements aveugles par des avions gouvernementaux" et "les opérations coordonnées entre les forces gouvernementales et les milices associées".

Au terme d'une journée marquée par "des déclarations à faire dresser les cheveux sur la tête", selon l'expression d'un diplomate, le Conseil n'avait pas trouvé d'accord sur la composition de la mission à envoyer sur place. Les discussions devaient se poursuivre mercredi. L'ambassadeur algérien, Idriss Jazairy, s'exprimant au nom du groupe africain, dénonçait, au sujet du conflit au Darfour, "une campagne de propagande à large échelle dans laquelle l'information est manipulée". Il regrettait qu'"un conflit ethnique entre bergers et agriculteurs" soit présenté par les organisations non gouvernementales (ONG) "dans des proportions apocalyptiques". Il préconisait l'envoi d'une mission issue du Conseil des droits de l'homme et non d'experts indépendants. Un point inacceptable pour les pays européens et leurs alliés. L'ambassadeur pakistanais, au nom des pays de l'Organisation de la conférence islamique, affirmait que le gouvernement soudanais avait fait "de gros efforts pour mettre en oeuvre les accords de paix".

"NIER LA RÉALITÉ"

Khartoum a tenté de rallier à sa cause le Conseil des droits de l'homme. A la mi-novembre, un mystérieux voyage a été organisé au Soudan pour une dizaine d'ambassadeurs. Puis le gouverneur adjoint de la province sud du Darfour, Mustapha Farah, de passage à Genève, répétait que le conflit avait fait "9 000 morts", invitant "toute personne doutant de la qualité de vie des gens au Darfour à venir visiter le pays". Offensive qualifiée par l'ONG Human Right Watch de "campagne de propagande sans précédent pour nier la réalité des choses".

Les pays européens, épaulés par les ONG, tentent de rallier des Etats africains. Le Ghana, le Cameroun et le Sénégal, se disent ainsi prêts à soutenir l'envoi d'une mission de rapporteurs indépendants et présidée par une personnalité éminente.