L’ONU se penche sur le Darfour

Redaction

Nouvel Observateur, 12 Décembre 2006

Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu ouvre, à l’appel de Kofi Annan, une session consacrée au conflit soudanais.

Le Conseil des droits de l\'homme de l\'Onu consacre, mardi 12 décembre, une session extraordinaire au Darfour. Le conflit a déjà fait plus de 200.000 morts et, de toutes parts, des voix s’élèvent pour réclamer l’intervention des Nations unies.
Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a dû tancer les 47 Etats membres du Conseil pour qu’ils acceptent de consacrer une session extraordinaire aux exactions commises dans cette région de l’ouest du Soudan. Cette session a finalement été convoquée à la demande de 33 des Etats membres.
Depuis février 2003, la guerre civile a fait plus de 200.000 morts, et deux millions de déplacés, selon l’Onu. Frontalier du Tchad et de la République Centrafricaine, le conflit au Darfour menace de déstabiliser toute la région.
\"Des atrocités continuent à être commises quotidiennement\" au Darfour, selon la Haut commissaire aux droits de l\'homme, Louise Arbour. Elle met directement en cause les autorités soudanaises. \"Le gouvernement du Soudan et les milices qui lui sont associées (...) continuent d\'être responsables des violations les plus graves des droits de l\'homme et du droit humanitaire\", dénonce-t-elle.

Pas de miracle

L’Union européenne a été la première à relayer l\'appel de Kofi Annan au sein du Conseil des droits de l\'homme. Mais elle \"n\'attend cependant pas de miracle de cette session extraordinaire\", confie un diplomate occidental sous couvert d’anonymat. En effet, le Conseil des droits de l\'homme a adopté, par 25 voix contre 11 et 10 abstentions, une résolution du groupe africain sur le Darfour, qui tait le rôle du gouvernement soudanais dans ce conflit.
\"L\'enjeu c\'est de parvenir à casser le caractère monolithique du groupe africain\", estime un diplomate occidental.

Vieux démons

Cette session extraordinaire doit déterminer si le Conseil a su chasser les vieux démons de la défunte Commission des droits de l\'homme, accusée d\'adopter deux poids deux mesures dans ses dénonciations, discréditée par ses manoeuvres de couloirs, et minée par la fracture nord-sud. Mais, à peine six mois après sa création, en juin dernier, le Conseil, qui remplace la Commission, est déjà critiqué.
Comme la Commission, il est accusé de faire preuve de partialité, en se focalisant sur le conflit israélo-arabe pour ses trois premières sessions extraordinaires. Surtout, il voudrait museler les experts indépendants chargés de scruter les violations des droits de l\'homme, dans des pays comme le Bélarus, Cuba, la Corée du Nord ou le Soudan.

Passivité honteuse

En ce qui concerne le Darfour, \"tout le monde a l\'air décidé à envoyer une mission sur place, mais tout dépend du mandat qui lui sera confié, de sa composition et de l\'articulation de son travail avec les organisations onusiennes oeuvrant déjà sur place et avec le rapporteur spécial pour le Soudan\", confie un diplomate.
Mais envoyer une mission du Conseil sur place serait dérisoire au regard des enjeux. En effet, le président soudanais Omar el-Béchir refuse obstinément le déploiement d\'une force de l\'Onu. Il accuse la communauté internationale de soutenir les rebelles et de gonfler les chiffres des victimes.
Dénonçant \"la passivité honteuse\" de la communauté internationale, Kofi Annan a rappelé vendredi que l\'Onu se réserve la possibilité d\'intervenir lorsqu\'un pays manque à son devoir de protéger ses populations menacées de génocide ou de crimes contre l\'humanité. \"Comment une communauté internationale qui prétend défendre les droits de l\'homme peut-elle permettre qu\'une telle horreur continue (au Darfour) ?\", a-t-il tancé.