Droits de l'homme : l'ONU n'a pas toujours été à la hauteur de ses responsabilités

Kofi Annan

Centre De Nouvelles De L'onu, 08 Décembre 2006

Si « l'engagement et la responsabilité assumés par les Nations Unies dans la promotion du respect des droits de l'homme dans le monde entier » sont connus, « hélas, bien souvent l'ONU n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités », a dit aujourd'hui le Secrétaire général, appelant une nouvelle fois à agir au Darfour « avant qu'il y ait effectivement un génocide ».

En dix ans, « je ne sais pas jusqu'à quel point nous avons su faire coïncider la réalité de l'ONU avec ma conception des droits de l'homme, troisième pilier de l'Organisation, au même titre que le développement ou la paix et la sécurité », a dit le Secrétaire général à l'occasion d'une réunion consacrée à la Journée internationale des droits de l’homme au Time-Warner Center à New York.

La Journée sera célébrée le 10 décembre dans le monde.

Estimant que « les premiers actes du Conseil des droits de l'homme, pour lequel nous avons tous si ardemment lutté, ne soient guère encourageants », le Secrétaire général a estimé en premier lieu qu'il faudrait « donner un sens véritable à la notion de 'responsabilité de protéger'.

Consacrée dans le document final du Sommet mondial, elle signifie essentiellement que le respect de la souveraineté nationale ne peut plus servir d'excuse à l'inaction face au génocide, aux crimes de guerre, au nettoyage ethnique et à d'autres crimes contre l'humanité, a dit Kofi Annan.

« Un an plus tard, pourtant, il semble, à en juger par ce qui se passe au Darfour, que nous n'ayons pas beaucoup progressé depuis les désastres de la Bosnie et du Rwanda. Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis et 30 ans après les massacres au Cambodge, la promesse 'plus jamais' sonne bien creux », a-t-il déploré.

« La tragédie du Darfour sévit depuis plus de trois ans maintenant et des récits de centaines de villages détruits et de traitement brutal de civils, jusque dans les pays voisins, ne cessent de nous arriver ».

« Comment une communauté internationale qui prétend faire respecter les droits de l'homme peut-elle tolérer que ces horreurs continuent? », a lancé le Secrétaire général.

Il y a amplement de quoi blâmer les uns et les autres, a-t-il ajouté : « ceux qui donnent plus de valeur à la notion abstraite de souveraineté qu'aux vies de familles réelles, ceux qu'un réflexe de solidarité place aux côtés des gouvernements et non des gens, et ceux qui craignent que toute intervention pour mettre fin au massacre ne mette en danger leurs intérêts commerciaux ».

« À la vérité, aucun de ces arguments ne saurait excuser, moins encore justifier, la passivité honteuse de la plupart des gouvernements. Nous n'avons pas encore trouvé en nous le sentiment collectif d'urgence qui nous pousserait à agir. »

« Certains gouvernements ont tenté d'obtenir l'appui du monde du Sud avec une caricature de la responsabilité de protéger, qu'ils présentent comme une conspiration des puissances impérialistes pour reprendre la souveraineté nationale, si durement acquise par les anciennes colonies. C'est absolument faux », a-t-il souligné en référence aux efforts du Soudan pour refuser le projet de mission de l'ONU au Darfour adopté par le Conseil de sécurité comme une atteinte à sa souveraineté et à un effort colonialiste.

« Avant tout, il ne faut pas attendre pour agir qu'il y ait effectivement un génocide », a-t-il martelé.

Sur la question du Darfour, le Secrétaire général a néanmoins estimé encourageant que le Conseil ait maintenant décidé de tenir la semaine prochaine une session extraordinaire sur le Darfour (dépêche du 30.11.06).

Réitérant ses appels lancés ces dernières années, le Secrétaire général a par ailleurs plaidé pour que soit mis fin à l'impunité.

Nous avons fait des progrès en tenant certains pour responsables des crimes les plus graves de l'humanité. La création de la Cour pénale internationale, les travaux des tribunaux de l'ONU pour la Yougoslavie et le Rwanda, les tribunaux mixtes en Sierra Leone et au Cambodge et les diverses commissions d'experts et d'enquêtes proclament la volonté de la communauté internationale de ne plus laisser de tels crimes impunis.

Mais « Mladic et Karadzic et les chefs de l'Armée de résistance du Seigneur [en Ouganda]– pour n'en nommer que quelques-uns – sont encore en liberté ».

Si ces individus inculpés de crimes de guerre ne sont pas traduits en justice, rien ne dissuadera ceux qui voudront les imiter.

« D'aucuns disent qu'il faut parfois sacrifier la justice dans l'intérêt de la paix ». « J'en doute ». En Sierra Leone et dans les Balkans « elle contribue souvent à une paix durable en enlevant toute légitimité aux individus qui représentent la menace la plus grave et en les poussant dans la clandestinité ».

C'est la raison pour laquelle il ne doit jamais y avoir d'amnistie pour le génocide, les crimes contre l'humanité et les violations massives des droits de l'homme, ce qui ne ferait qu'encourager les auteurs des massacres d'aujourd'hui – et les auteurs potentiels des massacres de demain – à poursuivre leur oeuvre vicieuse.

En troisième lieu, nous avons besoin d'une stratégie antiterroriste dans laquelle les droits de l'homme n'inspirent pas seulement un attachement de pure forme mais sont véritablement le fondement de l'action, a souligné le Secrétaire général (dépêche du 11.03.05 et (dépêche du 8.12.05).

« Or, ils ne peuvent s'acquitter de cette obligation en violant eux-mêmes les droits de l'homme, ce qui revient à renoncer à leur autorité morale et à faire le jeu des terroristes ».

« C'est pourquoi les prisons secrètes n'ont pas de place dans notre lutte contre le terrorisme et que tous les lieux de détention des individus suspectés de terrorisme doivent être accessibles au Comité international de la Croix-Rouge. S'ils ne se montrent pas à la hauteur de leurs principes, les grands défenseurs des droits de l'homme amoindrissent l'influence qu'ils peuvent exercer ».

Nous devons lutter contre le terrorisme en conformité avec le droit international, avec ses dispositions qui interdisent la torture et les traitements inhumains et avec celles qui donnent à toute personne détenue contre son gré le droit à une procédure régulière et au jugement d'un tribunal, a rappelé Kofi Annan.

« Si nous adoptons pour politique de faire des exceptions à ces règles et d'excuser des violations, aussi limitées fussent-elles, nous nous engageons sur une pente glissante. C'est en haut qu'il faut placer la barre et non à mi-chemin et c'est en haut qu'il faut la défendre », a dit le Secrétaire général.