Situation "intenable" au Darfour, affirme Jan Egeland

Onu

Onu, 11 Juillet 2006

La situation au Darfour est « totalement intenable », a déclaré aujourd'hui le responsable des opérations humanitaires des Nations Unies, Jan Egeland, qui a souligné l'urgence du déploiement d'une force de l'ONU dans la région où les factions rebelles sont maintenant principalement responsables des exactions.

« La situation au Darfour ne va pas dans le bon sens. Nous avons un accès légèrement amélioré dans le Sud-Darfour, mais il est désormais difficile dans le Nord et Ouest Darfour », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une conférence de presse à New York.
« La sécurité est inexistante pour la population civile, comme pour les travailleurs humanitaires », a-t-il affirmé.

Fait nouveau, les combats les plus importants ont lieu désormais entre les membres du mouvement rebelle de l'ALS (Armée de libération du Soudan). La faction conduite par Mini Minawi, qui a, de façon positive, signé l'accord de paix sur le Darfour avec le gouvernement soudanais a ainsi attaqué un village abritant une de ses factions qui entend poursuivre le combat, le 'G19' et la faction Abdul Wahid.

« Ces combats ont déplacés 8.000 civils au cours des 10 jours seulement », a dit Jan Egeland.
Le Coordonnateur humanitaire a souligné que les meurtres, les viols massifs et les pillages se poursuivaient.
« Il est désolant de voir que l'ALS est en train de faire exactement ce qu'elle reproche aux janjawids », a dit Jan Egeland.
Interrogé sur le fait que l'accord de paix d'Abuja aurait aggravé la situation, Jan Egeland en a défendu le contenu mais a ajouté qu'un accord de paix renforçait toujours les tensions dans un premier temps.

Après des mois de négociations, un accord de paix a été signé le 5 mai dernier à Abuja, entre certains mouvements rebelles du Darfour, notamment l'Armée de libération du Soudan (ALS), et le gouvernement soudanais (dépêche du 5.5.06). Néanmoins, la faction Abdul Wahid de l'ALS et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), deux importants mouvements rebelles du Darfour, ont refusé de s'y associer (dépêche du 01.06.06).

« Par ailleurs, a annoncé Jan Egeland, les attaques se poursuivent quotidiennement contre le personnel humanitaire ».
Le Secrétaire général adjoint a notamment fait état du meurtre d'un travailleur humanitaire de l'ONG 'CARE' cette semaine dans le camp de Kalma, près de Nyala, et du pillage de camions du Programme alimentaire mondial (PAM). Par ailleurs OXFAM a dû interrompre ses opérations dans deux de ses six bureaux du Nord Darfour après l'enlèvement d'un de ses membres nationaux.
Jan Egeland a aussi confirmé que le gouvernement soudanais utilisait pour ses opérations militaires et ses forces de sécurité des hélicoptères blancs, de la même couleur que ceux de l'ONU et des ONG.

« C'est une violation du droit international et cela constitue une menace pour nos personnel qui se déplacent dans des véhicules de cette couleur pour annoncer leur neutralité », a-t-il déploré.
Face à la dégradation de la situation, qu'il a qualifiée de « totalement intenable », le Secrétaire général adjoint a plaidé une fois de plus pour l'envoi au plus vite d'une mission des Nations Unies sur le terrain.
A cet égard, Jan Egeland a rejeté les critiques provenant des milieux gouvernementaux soudanais consistant à considérer la future mission comme une opération occidentale.
Le président Béchir du Soudan s'est en effet pour l'instant opposé à l'idée d'une telle force.

« Les plus importants contributeurs de troupes à la future mission proviennent de l'Asie du Sud Est et de l'Afrique, les pays européens et occidentaux, une fois de plus, n'ayant pas contribué de troupes. Il est donc faux de dire que la force serait une force occidentale », a souligné Jan Egeland.
Revenant d'une mission d'évaluation effectuée sur le terrain, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, expliquait à la fin du mois de juin qu'il espérait pouvoir déployer une force qui serait composée de trois brigades, comprenant chacune trois à cinq bataillons, à partir du mois de janvier 2007 (dépêche du 27.06.06).
Il avait aussi appelé une fois de plus au renforcement immédiat de la force de l'Union africaine (UA) déployée au Darfour jusqu'au mois de décembre.
Le Darfour est ravagé depuis février 2003 par une guerre civile qui a fait au moins 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés.
Le Secrétaire général plaide depuis le mois de janvier pour le déploiement de casques bleus au Darfour. Le Conseil de sécurité a donné son feu vert au mois de mars (dépêche du 06.05.06).
Kofi Annan se rendra le 18 juillet à Bruxelles pour participer à une conférence des donateurs en vue de renforcer la Mission de l'Union africaine au Darfour, a annoncé aujourd'hui sa porte-parole à New York.