L'accord de paix sur le Darfour 'dans le coma', affirme Jan Pronk

Onu

Centre De Nouvelles De L'onu, 18 Septembre 2006

Lors d'un exposé au Conseil de sécurité, le Représentant du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, a affirmé aujourd'hui que l'accord de paix signé en mai entre le gouvernement soudanais et une partie des rebelles du Darfour étaient « pratiquement mort », avant de présenter cinq recommandations pour le sortir du « coma ».

« L'accord de paix sur le Darfour (ADP) n'a que quatre mois, mais il est presque mort. Il est dans le coma. Il aurait besoin d'un traitement intensif, mais il ne reçoit aucun soin », a déclaré Jan Pronk, lors de la présentation au Conseil de sécurité, réuni en séance publique, du dernier rapport du Secrétaire général sur la situation au Soudan.

« C'est un bon accord. Les pourparlers ont abouti à un texte balancé, quelque part entre les positions extrêmes prises par le gouvernement et les mouvements rebelles », a-t-il cependant affirmé.

Le Représentant pour le Soudan a rappelé que seul le gouvernement et la faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Mini Malawi avaient signé l'accord d'Abuja signé le 5 mai (dépêche du 05.05.06).

Il a aussi rappelé que la faction d'Abdul Wahid n'avait pas signé. « Ils auraient dû le faire. Ils ont eu tort. C'est un choix politique. Mais cela n'en fait pas des terroristes. Les gens qui sont derrière Abdul Wahid, pour la plupart des Fours, la plus grande tribu africaine du Darfour, sont restés en dehors de l'accord mais ne sont pas retournés au combat pour autant », a-t-il expliqué.

« Il faut donc les convaincre de rejoindre l'accord. C'est la première condition pour sortir l'accord du coma », a-t-il estimé.

Le fait que les rebelles qui n'ont pas signé l'APD ont été exclus des institutions et notamment de la Commission sur le cessez-le-feu est une deuxième erreur selon Jan Pronk, car cette exclusion a divisé les mouvements. Il y a maintenant cinq à sept groupes notamment le Front de la rédemption nationale (NRF) qui a lancé l'attaque contre le Kordofan Ouest, a-t-il rapporté.

Cette attaque a fourni au gouvernement « une excuse pour continuer les attaques et les raids aériens, au prétexte que la population civile devait continuer à être protégée ». « Il faut donc une trêve. C'est la deuxième condition pour sortir du coma », a-t-il ajouté, estimant que Mini Malawi pourrait jouer un rôle pour ramener la paix sur le terrain.

« Depuis qu'il a été signé, déplore encore le Représentant spécial, l'accord a été violé, jour après jour semaine près semaine. Il y a une augmentation de la violence depuis la signature de l'accord. L'utilisation du viol, comme instrument de terreur, est fréquent et de nouveau en augmentation ».

« Les villages sont attaqués et bombardés au milieu de la nuit, des hélicoptères blancs ? la couleur des Nations Unies ? sont utilisés pour soutenir les opérations militaires menées par les Forces armées soudanaises », a-t-il encore dénoncé.

La troisième recommandation est donc de « répondre aux violations de l'accord à travers une nouvelle Commission sur le cessez-le-feu, qui représenterait toutes les parties mais qui aurait une autorité ».

Entamer une série de consultations est la quatrième proposition de Jan Pronk. « La plupart des gens au Darfour ne croient plus en l'accord [...]. Soyons réalistes. L'ADP sous sa forme actuelle, même s'il est théoriquement un bon accord, n'aura pas le soutien nécessaire de ceux qui l'ont déjà signé », a-t-il expliqué.

« Mais il faudra éviter de coller l'étiquette de négociations de paix sur ces consultations », a-t-il ajouté. « Parler, ajouter, améliorer et donner une chance à ceux qui se sentent exclus et qui forment au moins un tiers de la population du Darfour », est la quatrième condition pour sortir du coma.

Cinquième condition, le déploiement d'une force de l'ONU dans la région pour remplacer les troupes de l'Union africaine (UA). A ce propos, le Représentant a déploré les insinuations des dirigeants politiques soudanais sur un supposé « agenda caché » des Nations Unies au Soudan. « Nous n'essayons pas de recoloniser le Soudan, et nous ne déroulons pas non plus le tapis rouge à d'autres qui voudraient le faire ». Notre seul objectif est de protéger les populations, tout en respectant la souveraineté de la nation soudanaise », a-t-il affirmé.

Jan Pronk a aussi demandé que les forces de l'UA restent jusqu'au déploiement de casques bleus. « L'UA est moins efficace qu'il y a un an, mais sa présence est essentielle. Son départ laisserait les populations dans les camps sans protection et vulnérables à tous ceux qui voudraient leur faire du tort et recommencer le nettoyage de 2003 et de 2004 », a-t-il prévenu.

Le Conseil de sécurité a autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies, qui pourra compter jusqu'à 17 300 soldats et qui sera chargée de relayer la mission de l'UA, invitant le gouvernement soudanais à consentir à un tel déploiement. Le Soudan s'y oppose toujours (dépêche du 31.08.06).