Darfour : le Soudan engage sa responsabilité en refusant une force de l'ONU, prévient Kofi Annan

Onu

Onu, 11 Septembre 2006

Devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général a appelé aujourd'hui le gouvernement du Soudan à sa « responsabilité sacrée de protéger » sa population au Darfour, l'exhortant à accepter le déploiement d'une mission des Nations Unies et prévenant que les auteurs d'une « nouvelle catastrophe humanitaire » seront tenus pour responsables.

« La reprise des combats au Darfour révèle un mépris total pour l'accord de paix » signé en mai dernier à Abuja, a déclaré Kofi Annnan devant le Conseil de sécurité, réuni en présence du représentant du Soudan ainsi que de l'Union africaine et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI).
Le Secrétaire général a condamné les récents affrontements au Nord Darfour entre diverses factions, le déploiement de « milliers de troupes soudanaises dans la région » et la reprise « des bombardements aériens », les qualifiant de « juridiquement et moralement inacceptables ».

« Ces événements défient plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et violent les engagements pris, dont le non-déploiement de troupes soudanaises supplémentaires ». « Toutes les parties auraient dû comprendre à présent, après tant de morts et de destructions, que seul un accord politique [?] pourrait vraiment apporter la paix dans la région », a dit Kofi Annan.
« Un an après avoir adopté le concept de 'responsabilité de protéger', pouvons-nous échouer une fois de plus », s'est interrogé le Secrétaire général, en référence au principe de droit international adopté dans le document final du sommet mondial de septembre 2005. Ce principe autorise la communauté internationale à agir si un Etat ne peut ou ne veut agir pour protéger sa propre population en danger.

Dans l'immédiat, le Secrétaire général a réitéré son appel à répondre aux besoins matériels de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), forte de 7 000 seulement pour un territoire grand comme la France, rappelant que « l'Union africaine a clairement indiqué la nécessité de procéder à une transition de la MUAS à une mission des Nations Unies, qui a été approuvée par le Conseil de sécurité ».
« Mais soyons clairs », a dit Kofi Annan, « nous savons tous que le gouvernement du Soudan refuse toujours d'accepter la transition, et le Conseil de sécurité a reconnu que sans l'accord du gouvernement elle ne sera pas possible ».

Le Secrétaire général a donc appelé une fois de plus le gouvernement du Soudan à accepter la résolution 1706 et à donner son accord. Le Conseil de sécurité a en effet autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies sera chargée de relayer la mission de l'Union africaine, qui pourra compter jusqu'à 17 300 soldats.

« Les conséquences de l'attitude actuelle du gouvernement, c'est-à-dire plus de morts et de souffrances, peut-être à une échelle catastrophique, se porteront tout d'abord sur le peuple du Darfour », a dit Kofi Annan.
« Mais le gouvernement en souffrira aussi, s'il échoue dans sa responsabilité sacrée de protéger sa propre population. Il souffrira de l'opprobre et du déshonneur aux yeux de toute l'Afrique et de toute la communauté internationale », a-t-il ajouté.
« De plus, ni ceux qui adoptent de telles politiques ni ceux qui les appliquent ne doivent s'imaginer qu'ils ne seront pas tenus pour responsables », a prévenu le Secrétaire général.

Rappelant que sa propre voix à elle seule ne suffirait pas à convaincre le gouvernement et à contester les « mythes et malentendus » qui soutiennent la position du Soudan, Kofi Annan a appelé à l'aide des dirigeants et des populations en Afrique et ailleurs à faire pression sans attendre sur le Soudan.
« Il faut aussi un message sans équivoque du Conseil du sécurité », a-t-il affirmé, rappelant que le Conseil se trouvait, après deux ans d'efforts, devant une « nouvelle calamité » au Soudan.
« C'est un test crucial de l'autorité et de l'efficacité du Conseil de sécurité », a-t-il conclu.
Lors de son allocution au Conseil, le Secrétaire général a également précisé que dans les prochains jours il rencontrerait des représentants de la Commission de l'Union africaine pour mettre au point un projet de soutien à la MUAS.

Le Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO) organisera aussi une réunion de contributeurs de troupes potentiels pour débattre de l'expansion de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) au Darfour.
Depuis février 2003, la guerre civile au Darfour a fait au moins 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. L'accord de paix signé en mai à Abuja entre le gouvernement du Soudan et une partie des mouvements rebelles n'a pas mis fin aux combats. L'insécurité et l'impunité continuent de régner au Darfour. Les massacres, les viols et les pillages se poursuivent.