Le Soudan sommé d'arrêter deux inculpés de crimes de guerre

Redaction

Afp, 05 Juin 2008

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a demandé jeudi au Conseil de sécurité de l'ONU d'exiger du Soudan qu'il arrête et défère à la Cour deux de ses ressortissants inculpés de crimes de guerre au Darfour.

"Je demande au Conseil de sécurité d'envoyer un message fort au gouvernement soudanais (...) pour qu'il arrête Ahmad Harun et Ali Kushayb", a déclaré M. Moreno-Ocampo dans un réquisitoire virulent contre Khartoum, qu'il a accusé de protéger les criminels plutôt que les victimes.

Un an après la délivrance de mandats d'arrêt par la CPI, ces deux hommes sont toujours libres et "impliqués dans des actions menées contre les populations civiles", souligne le dernier rapport d'activité de la CPI, débattu jeudi par le Conseil.

Ahmad Harun est ministre délégué aux Affaires humanitaires. Ali Kushayb, chef janjawid, "déploie ses activités au Darfour avec son unité militaire", ajoute-t-il.

M. Moreno-Ocampo a indiqué que son bureau présenterait en juillet "de nouveaux éléments à charge établissant des faits et identifiant les personnes les plus responsables" des "crimes à grande échelle" commis au Darfour.

Selon un responsable d'une ONG de défense des droits de l'Homme, ces nouveaux éléments devraient concerner des personnalités de rang élevé dans la hiérarchie soudanaise.

Plus de trois ans après que la situation dans la province occidentale du Soudan a été référée à la CPI, par la résolution 1593 du Conseil, "les massacres se poursuivent au Darfour", a affirmé M. Moreno-Ocampo.

Dans les camps de réfugiés, "les crimes et l'insécurité sont organisés (...) Loin d'être désarmés, les janjawids (miliciens arabes pro-gouvernementaux qui terrorisent la province depuis le début de la guerre civile en 2003, NDLR) sont intégrés dans l'appareil sécuritaire soudanais et stationnés à proximité des camps", a-t-il dit.

"Les viols de femmes sont systématiques (...) l'usurpation des terres est systématique", a poursuivi le magistrat argentin.

"Les responsables soudanais protègent les criminels, pas les victimes", a-t-il affirmé, comparant le comportement de Khartoum à ceux du régime nazi, de la dictature argentine des années 1970 et des Serbes de Bosnie au moment des massacres de Srebrenica en 1995.

M. Moreno-Ocampo a souhaité que le Conseil formule l'exigence d'arrestation des deux hommes dans une déclaration formelle. Le Costa Rica a déposé au Conseil un projet de texte allant en ce sens mais son adoption n'était pas prévue jeudi.

Selon des diplomates, le Conseil a discuté de ce texte au niveau des experts mercredi, sans aboutir à un consensus. Il devrait attendre le résultat de l'actuelle visite d'une délégation du Conseil de sécurité au Soudan avant de reprendre ses discussions.

Mercredi, un collectif de groupes de défense des droits de l'Homme, "Justice pour le Darfour", a appelé le Conseil, en particulier la Chine, à voter ce texte. Dotée d'un droit de veto au Conseil, celle-ci agit en protecteur du Soudan, où elle a d'importants intérêts économiques.

Rappelant que lors de la précédente apparition de M. Moreno-Ocampo au Conseil en décembre, un texte demandant l'arrestation des deux inculpés n'avait pu être adopté "principalement à cause de l'obstruction de la Chine", un responsable de l'organisation new-yorkaise Human Rights Watch membre du collectif, Richard Dicker, a souhaité un changement d'attitude de Pékin.

Lors du débat jeudi, le ministre costaricain des Affaires étrangères, Bruno Stagno Ugarte, a interpellé le Conseil de sécurité. "Le gouvernement du Soudan se joue de nous, se joue de la dignité humaine, se joue de l'autorité de ce Conseil," a-t-il dit.

"Les faits parlent d'eux-mêmes. Nous ne pouvons pas plaider l'ignorance. Assez d'apaisement (du Soudan), il est grand temps de cesser de composer avec le mal", a-t-il lancé.

Khartoum a exclu mercredi de livrer les deux inculpés, arguant que le Soudan n'est pas membre de la CPI.